Philosophie

En finir avec la psychanalyse ?

Ecrit par Daniel Sibony le 16 mai 2011. dans Philosophie, La une, Psychologie

En finir avec la psychanalyse ?

Nouvelle offensive, ces temps-ci, contre la psychanalyse : « livre noir (1) », dossiers « noirs » et vieux procès, toujours le même, les mêmes arguments qu'on opposait déjà à Freud. C'est donc un rituel. Périodiquement on dira : « Mais vous ne l'avez pas vraiment guéri ! » ou bien : « Vous interprétez le rêve dans le sens qui vous arrange ! »

A quoi la «psy» répondra : je lui ai permis de vivre. Et pour le rêve, on dira : il y a des règles pour interpréter mais leur usage dépend de chaque cas, et la justesse dépend autant de la suite que des données initiales, et cette justesse ne s'acquiert pas par mimétisme.

Il faut croire que la psychanalyse a quelque chose d'increvable pour susciter et supporter ces attaques rituelles, sans sourciller, dans un silence ­ analytique ­ peut inviter ceux qui font ce rituel à se questionner sur lui et sur les grossièretés qu'il charrie, qui sont toutes réfutables, même si le rite, lui, relève d'une autre raison. Y compris d'une contestation infantile dont voici un exemple. Freud dit à la mère qui lui demande des conseils pour élever son enfant : « Faites comme vous voudrez, de toute façon ce sera mal. » Et la docte psychologue qui relève ça dans le dossier s'indigne : « Il veut la culpabiliser ! »

Freud occultiste ?

Ecrit par Daniel Sibony le 04 avril 2011. dans Philosophie, La une, Psychologie

Freud occultiste ?

Les derniers jugements de M. Onfray sur Freud me confirme dans l'idée qu'il fait sa psychanalyse avec Freud, au moyen de Freud, qu'il peut donc tordre et retordre dans tous les sens pour y projeter des états d'âme variés, assez agressifs et méprisants. Mais une psychanalyse, c'est fait pour ça, à condition qu'il y ait aussi une personne qui écoute, qui interprète ce qui est en train de se transférer comme fantasmes, rancœurs, etc. et puisse aider l'analysant à quitter son tournage en rond.


Peu importe ici que cette poubelle agressive jetée sur Freud signale que " ça ne s'arrange pas " ; et que le patient, c'est fréquent, a du mal à se consoler du père décevant qu'il a eu, ou même désastreux. Les analyses butent souvent sur ce point vif de la transmission symbolique : à travers le père, arriver soi-même à exister comme "père" ou comme auteur de ses actes, où l'on se révèlera à son tour autrement déficient. Sans ce défaut ou ce manque, la vie serait perdante.

Quant au défaut accablant que M. Onfray trouve à Freud cette fois-ci, il mérite quelques remarques.


Alain Finkielkraut contre la philosophie

Ecrit par Alain Jugnon le 04 avril 2011. dans Philosophie, La une, Média/Web

Alain Finkielkraut contre la philosophie

... Ou la destruction française de la philosophie européenne


Il est une catastrophe actuelle, non-naturelle et rendue visible dans la philosophie : Alain Finkielkraut, le philosophe français, a enfin réussi à dire, médiatiquement et publiquement, ce que c’est que le concept qu’il fabrique depuis quelques années et qu’il nomme l’anti-antiracisme. L’anti-antiracisme est le contraire de la philosophie. L’anti-antiracisme est contre la philosophie européenne, celle de Husserl, Sartre, Derrida, Deleuze, Foucault et Alain Badiou. Alain Finkielkraut a maintenant fait ce qu’il faut, il a tué le philosophe en lui.
Puisque, selon l’ex-philosophe et nouveau clerc, les joueurs noirs d’une « équipe de France » (appellation de droite pour « La France ») lui font ressentir une présence anti-française comparable à celle qui sévit parmi les jeunes immigrés des banlieues insurrectionnelles, ils ne sont pas représentatifs de la « civilisation française ». Aussi, pour Finkielkraut, y a-t-il partout des antiracistes qui vont en profiter pour défendre le droit des joueurs et des jeunes en général à être respectés comme prolétaires, comme exploités et comme travailleurs.

Les intellectuels : la grande muette et les sans-rêves !

Ecrit par Amin Zaoui le 24 janvier 2011. dans Monde, Philosophie, La une

Les intellectuels : la grande muette et les sans-rêves !


Quand l'être humain perd l'énergie de rêver, il se métamorphose en bête sauvage. Fragile, aussi. Il perd l'équilibre et rentre dans la bestialité moderne et connectée ! Et ces milliers de jeunes Algériens, charmeurs et acharnés contre tout ce qui bouge, contre tout ce qui ne bouge pas, contre eux-mêmes, ont perdu le dernier souffle du rêve. Et le rêve n'est que le frère jumeau de l'avenir, de l'espoir. De la vie. Ces jeunes n'ont pas un demain. Obscurité ! Et peut-être, la culture dynamique et l'art noble détiennent-ils un capital magique capable de réveiller le rêve, dans le mort-vivant ? Mais pourquoi nos écrivains, nos universitaires, nos intellectuels, créatifs en général, face à ces charmeurs acharnés qui ont fait agiter toutes les villes et les villages, sont restés muets ? La grande muette, l'intelligentsia ! Aucun mot. Aucune réaction vive et avertie.

Quels fondements à la légitimité politique ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 10 janvier 2011. dans Philosophie, La une, Politique

Quels fondements à la légitimité politique ?

En politique, est légitime tout gouvernement constitué conformément à la règle de droit édictée par l’autorité suprême. En démocratie, cette autorité est le peuple. L’article 2 de la constitution de 1958 précise même : « le principe de la République est le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple » ; et l’article 3 confirme : « la souveraineté nationale appartient au peuple ». La différence entre souveraineté nationale et souveraineté populaire est mince : la nation, en droit constitutionnel, inclut l’ensemble des citoyens passés, présents et futurs ; de fait, ce sont les citoyens actuels qui sont les dépositaires de la souveraineté. Le grand théoricien de cette idée, Rousseau, définit d’ailleurs le souverain, le peuple, comme une personnalité corporative, sur le modèle de la théologie paulinienne de l’Eglise-corps du Christ. « Il est impossible que le corps puisse nuire à ses membres. Le souverain, par cela même qu’il est, est toujours ce qu’il doit être » (Du contrat social, livre I, Chap. VII). Bien que le terme ne soit pas employé, c’est bien d’infaillibilité qu’il s’agit : pas plus que l’Eglise, pour saint Paul, le peuple, pour Rousseau, ne peut se tromper.

Le peuple souverain serait ainsi la source ultime de la légitimité … Vox populi, vox dei ?

Albert Camus : C Ki Çui la ??

Ecrit par Martine L. Petauton le 17 novembre 2010. dans Philosophie, La une, Société, Littérature

Albert Camus : C Ki Çui la ??

Jadis, j'ai passé les oraux de mon CAPES, au lycée Henry IV, à l'ombre – chacun le sait – du Panthéon. Je m'étais promis qu'en cas de réussite – ce fut le cas – je ne mettrais plus les pieds sous la coupole  (vision de l'Histoire qui me faisait bondir !) ; pari, en partie tenu.

Mais, à quelques encablures de la retraite, me semble venu le temps d'acter la prescription, en mitonnant une sortie scolaire, dont le thème sera : chronologie et mémoires (ces mémoires qui ne sont pas l'Histoire ; pourquoi honorer ceux-là, plutôt que d'autres ? Que recherche-t-on dans l’illustre » ? C'est quoi, au juste, que « panthéoniser » un écrivain, un homme d'état ?)

Ce n'est pas, non plus un hasard, si l'idée fait son chemin en moi, maintenant, au cœur du débat - acceptation ou  refus, par sa famille - de faire admettre, parmi les « 75 » glacés, Albert Camus, et sa lumière …

La République totalitaire

Ecrit par Jean Le Mosellan le 17 novembre 2010. dans Philosophie, La une, Politique

La République totalitaire

Rassurez-vous, ce n'est pas la nôtre, encore que certains soient tentés de le dire, en parlant pour les plus modérés de toilettage en profondeur, afin de la métamorphoser en VIe République, pensant, à tort, la mettre ainsi à l'abri de ce risque.

La démocratie est le pire des régimes à l'exclusion de tous les autres, clament les mêmes pour se justifier, à la suite de Churchill, qui vivait, soulignons-le, dans une monarchie parlementaire, prête à verser dans la république certes, mais qui ne l'a pas fait. Ce régime, bancal dans la forme, était tout à fait inconnu de Platon, au contraire de la tyrannie. Depuis l’adoption du quinquennat, notre république oscille entre le coup d’Etat permanent, danger reconnu en fin connaisseur par François Mitterrand, et le fait du prince, expression du complexe de Machiavel ravageant électivement l’homme d’Etat à la manière du complexe d’Œdipe qui s’intéresse démocratiquement au commun des mortels. Cette réalité semble être reçue cinq sur cinq par la classe politique, le chiffre 5 étant vénéré par ceux qui ont pris le pouvoir de justesse,et honni par ceux qui l’ont perdu d’un cheveu.

De l'informel à l'informulé

Ecrit par Ariana Strauss le 20 septembre 2010. dans Philosophie, La une, Musique

De l'informel à l'informulé

Flashback

 

De l’aube de la philosophie à cette première moitié de 20ème siècle, avait-on déjà osé penser la musique ? Quand, à quel moment, où un philosophe avait-il eu outre les connaissances et l’âme suffisamment musicale, le courage de s’engager dans ces entrelacs sonores d’impensable impensé apparent à la "raison", cette chose qui ne se manifeste que par échappée et ne cesse de s’inscrire fuyante à la(p) préhension, matière, matériau, fonctionnement, architectonie, rapport à la perception au langage et à l’être, tout entendu ?

Certes, outre la transition Nietzsche qui ne pense pas encore la musique mais musicalement, il y eut bien, ici ou là, quelques balbutiements autour de la musique ou plus exactement du vague d’un sujet face à la musique, reposant sempiternellement sur les mêmes questions hors-lieu, mais jamais d’immersion et dégagement d’une véritable problématique avant TW Adorno.

C'est sérieux la philosophie sous pseudonyme ?

Ecrit par Jean Le Mosellan le 13 août 2010. dans Philosophie, La une, Média/Web

C'est sérieux la philosophie sous pseudonyme ?

La critique de la raison sexuelle de Kant, entreprise par Jean-Baptiste Botul, n’a rien de pur. Mais la reprise de son argumentaire par Bernard-Henri Lévy dans son dernier livre De la guerre en philosophie, a déclenché un véritable séisme médiatique dont l’épicentre semblait se situer dans les locaux du NouvelObs.

Botul est le pseudonyme de Frédéric Pagès, talentueux journaliste au Canard enchaîné, et philosophe niveau agrégation, ayant commis aussi un Nietzsche des plus intéressants. Botul est l’équivalent d’un avatar pour ses jeux philosophiques, à l’instar de chacun d’entre nous pour le monde des jeux en ligne. Le choix d’un avatar et d’un pseudonyme en est la condition indispensable.

Lire Freud avec Lacan

Ecrit par Léon-Marc Levy le 13 août 2010. dans Philosophie, La une, Psychologie

Lire Freud avec Lacan

J‘ai évité de justesse d’intituler cette chronique « Jacques là quand ? », par un calembour digne de l’almanach Vermot, ou, pour être d’emblée dans le propos, digne de Jacques Lacan. Pour vous donner quelque idée de la passion de Lacan pour le calembour, je ne citerai que l’intitulé de deux de ses derniers séminaires de l’ancienne fac de droit : « Les non-dupes errent », « L’insu que sait de l’une-bévue s’aile a mourre ». Dans le cas du second, nous sommes encore un certain nombre à nous demander comment le « déconstruire » (ça joue sur Unbewusste = inconscient chez Freud) ! C’est que parfois, ce goût du Maître pour le jeu de mots nous mettait sacrément dans l’embarras ! Un souvenir précis : Lacan dit, lors d’une rencontre, « De préférer, somme toute, à la trique la bonace ». On prend des notes frénétiquement. « Eh ! Comment tu écris bonace ? 2 ss ou c ? » « bonasse » (simple, sans malice, peu d’esprit) ou « bonace » (mer calme, par exemple dans un port) ? Un autre : Le séminaire de 75-76 s’intitulait le « Sinthome ». On a passé l’année à se demander, chaque fois qu’il prononçait le mot, s’il s’agissait du sinthome ou du symptôme.

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