CONCEPTS - L’essence du don : la relation

Ecrit par Jean-François Vincent le 17 décembre 2016. dans Philosophie, La une

CONCEPTS - L’essence du don : la relation

Cadeau, c’est-à-dire un don. Le don est ce qui fait du lien, re-lie, lie parfois de par une exigence de réciprocité…

Donum, en latin, entretient un réseau sémantique de connotations analogues avec domus, la maison, et dominus, le maître de maison ; le tout résultant dans l’hospitalitas : dans l’antiquité, le droit réciproque de loger les uns chez les autres.

Le don suppose, en effet, un contre don.

Don et contre don

Donner, en réalité, revient à se donner. Comme le dit Marcel Mauss, dans son célèbre Essai sur le don : « La raison profonde de l’échange-don vise davantage à être qu’à avoir ». Il s’agit d’être avec le récipiendaire du donné, le donné n’étant, en fin de compte, qu’une prothèse du donateur, sa présence réelle auprès de celui à qui il donne.

Que l’on songe au « rayonnement » quasi magique des reliques de saints – tant dans le Christianisme que dans l’Islam – suscitant dévotion et pèlerinages. Dans certaines îles grecques, on distribue des bouts du chausson dont on revêt, chaque année, le pied du cadavre du saint local. Cadeau protecteur ! Symboliquement le fidèle rapporte avec lui, à la maison, son intercesseur auprès de Dieu.

Mais qui dit don, dit dette. Le débiteur, pour maintenir une égalité dans la relation, se doit de rendre à son créancier l’équivalent de ce qu’il a reçu. D’où la crainte de recevoir, la peur d’avoir à donner en retour. « Refuser de donner, écrit Mauss, comme refuser de prendre, équivaut à déclarer la guerre ; c’est refuser l’alliance et la communion ».

Une relation égalitaire a ses règles, c’est un pacte entre deux personnes.

Le don inconditionnel

Toutefois le donateur, s’il le souhaite, peut bouleverser lesdites règles : il peut donner sans rien attendre en retour. Le don comme abandon. Le philosophe Jean-Luc Marion décrit le phénomène dans son livre Certitudes négatives : « Le don peut et donc doit se libérer de l’échange en laissant son acception naturelle se réduire à la donation. Car tandis que l’économie de l’échange fait l’économie du don, le don réduit à la donation s’excepte au contraire de l’économie, en se libérant des règles de l’échange ».

Le risque alors, pour le donateur, est celui de l’ingratitude, par conséquent, de l’inégalité dans la relation. Il lui faut, dans ce cas, par-donner. Car, paradoxalement, en pardonnant, il re-donne ! Là réside tout le propos de la parabole du fils prodigue (Luc 15, 11-32) : le père avait déjà – et par avance – tout donné à son fils cadet. Celui-ci dilapide ce qu’il avait reçu. A son retour et sans prendre ombrage de rien de ce qui s’était passé, le père donne derechef tout à son enfant. En re-donnant, il lui par-donne. « Le pardon, écrit Marion, met au jour le phénomène complet du don ».

Le don inconditionnel illustre le caractère infiniment oblatif de la paternité divine comme de la parentalité humaine. Etre père ou mère, c’est aimer avec ses tripes, ses « entrailles de miséricorde », dit la Bible. Entrailles, en hébreu rahamim, de רָ֫חֶם, rechem, l’utérus, la matrice.

Un parent donne tout et n’en escompte aucune contrepartie. Don unilatéral et sans condition. Donum proprie est datio irredibilis, Thomas d’Aquin (Summa theologica Ia, q.38, a.2), le don véritable est une donation irrévocable.

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

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