Deleuze, les mouvements aberrants, David Lapoujade

Ecrit par Didier Bazy le 18 octobre 2014. dans Philosophie, La une, Littérature

Minuit, 2014, 300 pages, 27 €

Deleuze, les mouvements aberrants, David Lapoujade

Logiques de Deleuze

Exprimer les logiques irrationnelles des mouvements aberrants dans une sorte d’encyclopédie est, selon David Lapoujade, l’entreprise philosophique de Gilles Deleuze. Excellente idée. Rare et difficile.

Rare. On réduit trop souvent Deleuze à des types de philosophie : de l’événement, de la vie, de l’immanence, des machines abstraites, des rhizomes, des déterritorialisations, des multiplicités, etc. – pour les plus savantes. On fait pencher, sur un autre plan, Deleuze du côté du philosophique non-philosophique et inversement. C’est possible mais c’est insuffisant. « Evitons le savant comme le familier ».

Difficile. Difficile encyclopédie car les multiplicités précisément prolifèrent. Difficile de donner une définition : un mouvement aberrant échappant à la raison et même, à l’ordre des raisons.

L’important, du coup, est de coller au cœur et au corps d’un mouvement aberrant et d’en saisir les modalités internes de fonctionnement – en évitant délicatement et le jugement et l’explication extérieure (qui ne sont que des placages). Eviter le placage, privilégier le collage. Trouver la logique propre, la genèse de tel agencement plutôt que la logique dite interne (avatar encore trop dialectique de la raison).

Tous les livres de Deleuze pourraient commencer par « Logique de… » du sens, du schizo, des multiplicités, de la sensation, de l’image-cinéma, de la conception, de l’affection, de la perception, du contrôle généralisé…

Un mouvement aberrant est un mouvement « forcé » (rien à voir avec le mouvement violent d’Aristote). Un jet de pierre n’est pas forcément aberrant.

Question spino-deleuzienne : quelles sont les caractéristiques du mouvement aberrant ? Il y en a deux, toujours liées. Inexplicable et nécessaire. Et Deleuze n’a de cesse de déplier, de plier et d’exprimer les logiques des agencements nécessaires/irrationnels et pourtant têtus et factuels.

Quelques exemples de mouvements aberrants peuvent ici être évoqués.

– Bartleby, I prefer not to. Inexplicable et indispensable.

– Kafka, la logique ne résiste pas à un homme qui veut vivre.

– Bacon, les portraits d’autant plus éloquents qu’ils (se) déforment.

– Le pli de Leibniz, mouvement aberrant du calcul différentiel qui n’en finit jamais.

– La voix d’Edith Piaf : chanter faux et rattraper perpétuellement la fausse note.

– Le style égyptien dans le tennis de McEnroe.

– La folie bien sûr (et les différences avec Foucault).

– Le paradoxe de la sainte vierge.

– Les répétitions différentielles dans le style de Péguy.

– Clio de Péguy, contre l’Histoire académique (la demoiselle de l’enregistrement) pour la durée bergsonienne.

– Les mouvements aberrants des scholies de l’Ethique de Spinoza.

– L’épuisé plus que le fatigué chez Beckett.

– L’avant dernier verre de l’alcoolique.

– Les sorites des Stoïciens.

– Aïôn contre Chronos.

Etc…

Et, premier en date et non des moindres,

– Diderot, sa religieuse, préfacée par le jeune Deleuze qui, déjà, retourne littéralement Malraux pour polir l’outil interne, une petite lunette spinozienne au travers de laquelle le lecteur s’introduit au sein de la religieuse.

Last, but not lost,

– L’ami commun de Dickens : « une canaille, un mauvais sujet méprisé de tous et ramené mourant et voilà que ceux qui le soignent manifestent une sorte d’empressement, de respect, d’amour pour le moindre signe de vie du moribond… Mais à mesure qu’il revient à la vie, ses sauveurs se font plus froids, et il retrouve toute sa grossièreté, sa méchanceté… » (double mouvement aberrant : une vie/une mort).

« Moins c’est rationnel, plus c’est logique ». Telle est la formule lapoujadienne du mouvement aberrant.

Mais qu’est-ce qui ne relève pas d’un mouvement aberrant ?

Les épistémologues chagrins pourraient percevoir la notion de « mouvement aberrant » dans le champ du fameux obstacle épistémologique qui, expliquant tout, n’explique rien. Précisément. Bachelard même insiste sans cesse sur l’errance nécessaire quitte à la suivre jusqu’à obsolescence. « On ne pense bien que ce que l’on a d’abord rêvé ». Cela dit, les deleuziens (et non les deleuzistes) savent depuis longtemps qu’on est foutu si on participe trop du rêve des autres… Des rêves oui, mais bien à soi, seul et peuplé, l’homme de gauche, l’homme gauche, l’homme de Kiev, l’homme mineur…

David Lapoujade aurait-il trouvé la clé de l’œuvre de Deleuze ? Une clé pour mille milliards de serrures ? Le(s) code(s) de mille plateaux ? La logique de la logique du sens ? – Il y a de fortes chances que oui.

Autant de questions pré-posées ici même, autant de pré-jugés qui risquent fort de passer à côté de l’entreprise de Deleuze et du travail philosophique de Lapoujade.

David Lapoujade est un des rares parmi les plus proches de la pensée de Deleuze. Deleuze qui n’aime pas les disciples. Deleuze qui, pourtant, a porté à ses plus hauts sommets le compagnonnage, le fameux avec. Avec André Cresson… Avec les anciens : Lucrèce, Spinoza, Leibniz, Hume, Kant, Nietzsche, Bergson… Avec les artistes et la littérature : Bacon, Proust, Sacher-Masoch, Zola, Fitzgerald, Kafka, Beckett, Melville, Tournier… Avec le cinéma… Avec Foucault. Avec Chatelet. Avec Rosset. Avec Parnet. Avec Négri. Avec Pinhas. Avec beaucoup de monde. Avec Lapoujade…

Avec le non-philosophique (et non avec la non-philosophie de Laruelle). Avec tous les On, les anonymes, le peuple à venir ou en devenir.

Avec Félix Guattari, l’indispensable, l’ami, le complément. Le co-auteur. L’autorité conjointe. On n’insistera jamais assez.

Avec et/ou au milieu (cf. le lumineux : Nous au milieu de Spinoza). Pour être avec il vaut mieux devenir au milieu : c’est le chemin de la compréhension sensible. On ne sort jamais complètement de soi. Au milieu = le mouvement. Au contact aléatoire = aberrant. Pas d’aberration au sens commun qui exclut. Aberration au sens strict et précis du voyage au sein des multiplicités et des peuplements.

L’exploit (au sens d’acte d’huissier : « plutôt balayeur que juge ») de Lapoujade consiste dans la clarté et la simplicité de l’approche. « Trop savantes, la plupart de ces définitions supposent ou préjugent ce qui est en question ». Lapoujade balaie d’emblée les approches intellectuelles qui relèvent des deleuzismes en -ismes. Les -ismes ont été révoqués par Balzac et Péguy pour qui Deleuze a beaucoup d’affection. On entend la voix de Deleuze à son auditoire lors d’un cours sur Spinoza : « Pas de théorie, rien que du sentiment ! » pour approcher au mieux le prince de la philosophie.

« Ce qui intéresse avant tout Deleuze, ce sont les mouvements aberrants » dit nettement Lapoujade. Et surtout leur logique propre, au sens même où Deleuze recommandait à ses étudiants l’étude de la logique théologique trop passée de mode, logique de Nicolas de Cuse autant que la logique de Port-Royal.

Fidèle à Deleuze, Lapoujade use non de la « méthode » mais de la « manière », jusqu’au « style ». Cette manière est intime et renversante (faire un gamin dans le dos). Ce style est la singularité, l’invention sensible. L’important est de trouver la logique propre à chaque sujet d’approche. Comment ça marche ? est le questionnement permanent de Deleuze.

Cette heuristique logique n’est pas formelle et « n’a rien d’abstrait ». Tout cela est très concret. Et David Lapoujade illumine les tableaux de Deleuze. La pensée rhizomatique n’a rien à voir avec une quelconque apologie du désordre. Chaque dispositif abordé (souvent les grandes « transcendances » : le Capitalisme, le Pouvoir, la Folie, la Terre, etc.) doit répondre aux trois questions : Qui fait ? Qui juge ? Qui vit ?

(accélérons) Du coup, ce qu’on croyait légitime recèle des parts d’illégitime : un autre chemin ne serait-il pas possible ? Les mouvements aberrants ne sont pas erratiques, ils ont leur nécessité interne. Ainsi le Capitalisme. On croit qu’il est inéluctable. D’autres voies sont possibles à partir de ses parties aberrantes justement. Ainsi la Littérature. « Nous ne voyageons pas pour le plaisir de voyager, que je sache, nous sommes cons, mais pas à ce point ». Beckett, précurseur critique du tourisme de masse et des ventes en masse de certains « livres » ?

(sautons : une recension ne peut se contenter du résumé ni prétendre à l’exhaustion) David Lapoujade reprend avec justesse la plupart des grandes analyses de Deleuze (avec, au milieu…). Cela n’épargne pas de nouvelles plongées dans les œuvres. Et le tableau d’ensemble s’adresse aux non-philosophes comme aux philosophes (quelle différence à la fin ?).

Ouvrage pertinent d’introduction à Deleuze mais aussi et surtout une poussée, une avancée en ce qu’il permet une cartographie indispensable et utile pour la compréhension du monde dans lequel les êtres humains se débattent, jugent et vivent.

Deleuze, mouvements aberrants de David Lapoujade est désormais le phare des solitudes peuplées pour sortir des déterminations de plus en plus contrôlantes. Phare ? Lanterne de Diogène serait plus adéquat. Le patron des Cyniques n’est-il pas le « précurseur sombre » qui donne le mouvement ? La réduction des besoins de Diogène n’est aberrante que « pour faire rire les idiots ». Sa geste parle plus que toute parole. Avec Diogène, soyons hors de propos, et devenons l’ombre des puissants.

(fidèle) « L’affirmation de la joie deleuzienne n’est pas séparable des dangers et des morts par lesquels il faut en passer pour la libérer, un gai savoir ». Oui, les mouvements aberrants, il faut en passer par là. En passer pour en sortir. Avec joie. Une joie nomade, une joie errant aux limites moins pour conserver son territoire que pour rester proche de sa terre. Déterritorialiser pour rester sur place. Aberrance et nécessité vitale. Aller dehors par fidélité à son foyer. Flirter, faire bouger les limites, résister par amour des pénates. Le nomade mineur embarqué dans une gaie géophilosophie.

Car il faut sortir de la joie par la joie. Comme il faut sortir de la philosophie par la philosophie, mouvement aberrant, inexplicable et nécessaire, tension, zig-zag, éclair.

« Seul l’impossible fait agir ».

Les mouvements aberrants, comme les sombres précurseurs, sont des déclencheurs, les créateurs de nouvelles possibilités de vie aux effets inouïs et inédits, générés par les logiques du bégaiement de la clinique et de la critique.

Les mouvements aberrants de David Lapoujade ? Le livre le plus deleuzien depuis vingt ans.

 

Didier Bazy

 

David Lapoujade est maître de conférences à Paris-I Panthéon-Sorbonne. Il a publié William James. Empirisme et pragmatisme (PUF, 1997, réed. Les Empêcheurs de penser en rond, 2007), et plusieurs articles sur William James, Henry James, Bergson, Deleuze dans diverses revues en France et à l’étranger (Critique, Philosophie, Revue de métaphysique et de morale, Revue philosophique, etc.). Il a édité les deux recueils de textes posthumes de Gilles Deleuze aux Editions de Minuit, L’Ile déserte et autres textes (2002) et Deux Régimes de fous (2003). Il a également édité le Précis de psychologie de William James aux Empêcheurs de penser en rond (2003). (Source : éditions de Minuit).

A propos de l'auteur

Commentaires (12)

  • Gow

    Gow

    04 novembre 2014 à 17:24 |
    heureusement les créateurs sont là, seuls véritables visionnaires, bien au dessus de toutes cette bande de philosophe numérique. Il y a les poètes et les minables Deleuze était plutôt du coté des poètes gloire à lui ! Quand à vous Mr Vincent allez prêcher ailleurs...

    Répondre

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    18 octobre 2014 à 14:09 |
    Je ne suis pas un spécialiste de Deleuze et ne souhaite nullement le devenir. Simplement, il y a un moment où le paradoxe rejoint l’absurde (le « non sense » anglais) ; ainsi (pour revenir à un domaine que je connais bien) classer parmi les « mouvements aberrants » la tension entre Chronos et Aïon dans la philosophie néoplatonicienne relève au mieux de la galéjade et au pire d’une inculture crasse. On a dans cette « philosophie » (les guillemets s’imposent) l’impression pénible d’un fourre-tout, qui, à l’instar de l’antique sophistique, vise moins la vérité que l’effet produit. Épater, ce n’est pas philosopher.

    Répondre

    • Johann LEFEBVRE

      Johann LEFEBVRE

      19 octobre 2014 à 11:22 |
      Jean-François : Le problème c'est que ni le texte de Didier Bazy ni le livre de David Lapoujade ne placent Chronos et Aiôn dans le cadre conceptuel de la philosophie néoplatonicienne ; et pour cause, ce n'est pas le cas non plus de Gilles Deleuze.
      Tant qu'on n'a pas lu Deleuze - en particulier "Logique du sens" (la 23e série, en l'occurrence) ou "Mille Plateaux" -, on ne peut pas comprendre Aiôn contre Chronos comme « mouvement aberrant » ou intrication paradoxale : temps du présent & des corps, de l'action & de la mesure (Chronos) ; temps de l'événement & du langage, de l'hypotypose & de la mémoire (Aiôn)... Proust par exemple nous révèle parfaitement ce Chronos perdu, dans sa recomposition par le langage que rend possible l'Aiôn. C'est l'Aiôn qui permet la subsistance de l'événement, et la démarche de Deleuze n'exprime justement pas une "tension entre Chronos et Aîon dans la philosophie platonicienne", le mythe a été depuis bien longtemps dépouillé par la dialectique de la Raison, si l'on considère précisément que la philosophie occidentale n'est rien d'autre qu'un ensemble de commentaires critiques de la philosophie platonicienne, une réalisation qui peut consister à lui "faire un gamin dans le dos".
      L'Aiôn qui se déplace sur une ligne et s'incline (clinamen du plan), entre dans la composition de la matière du simulacre en tant que dépositaire du sens, en tant que lecture du temps. La subsistance de l'événement permet à l'essence du devenir de se déployer dans deux directions, le toujours déjà passé et le toujours pas encore arrivé, "passé-futur qui ne cesse de se décomposer dans une subdivision infinie du moment abstrait, qui ne cesse de décomposer les deux sens à la fois, esquivant à jamais tout présent" (cette distinction entre Aiôn infinitif & Chronos empirique est un écho plutôt stoïcien, plus que platonicien). Dès lors, un chiasme est créé : c'est la possibilité du langage. Voilà une mise en lumière d'un aspect du transcendantal comme pure forme (au sens kantien) vide du temps ; l'aiôn est illimité. Concernant l'élaboration conceptuelle de l'Aiôn, la référence directe est à trouver chez Boulez avec la notion de temps amorphe (dans "Mille Plateaux").
      Deleuze désigne l'Aiôn comme vide excessivement disponible qui, en toute logique, ne peut jamais surgir totalement dans le monde. Du point de vue de la théorie critique, la multiplicité des devenirs complique leur effectivité et exige donc de penser l'encerclement du présent par des dispositifs (Foucault).
      Il ne faudrait pas prendre le mouvement aberrant pour une perte de logique, c'est tout le contraire - et c'est le problème -, même s'il n'est pas rationnel, surtout s'il n'est pas rationnel. Dire d'un paradoxe qu'il rejoint l'absurde, c'est le confondre avec la contradiction formelle. D'ailleurs Socrate soutenait que la philosophie se devait d'être paradoxale (παράδοξος : contraire à l'opinion). C'est aussi oublier que Deleuze est un pur logicien. Enfin, à propos de l'Aiôn comme infinitif, je rappelle que Platon intègre la mémoire dans la sphère de l’imagination, intégration aporétique, ce que souligne Ricoeur à propos de "la présence de l’absence".

      Répondre

      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        19 octobre 2014 à 14:12 |
        La tension entre Chronos et Aïon, dans la philosophie néoplatonicienne, désigne, comme vous le savez, la tension entre temps et éternité. Décrire celle-ci comme « un vide excessivement disponible » est le contraire de la manière dont Platon lui-même la décrit : un point, par rapport à la ligne. Bref, un trop plein et non pas un vide ! Une concentration de tous les temps dans une dimension où tous se rendent présents, en un mot, un éternel présent ! Quant à le faire « surgir dans le monde », voilà une aberration, une vraie ! Hors du temps, l’ Aïon/ éternité est – par force ! – hors du monde. Tout ce que vous me dîtes de Deleuze ne fait que confirmer ma mauvaise opinion de lui.
        Pour ce qui est de l’absurde – le « non sense » - c’est Deleuze lui-même qui le revendique dans un passage de la « Logique du sens », où il étudie Lewis Carroll ( le père du « non sense » !). Pour lui, le non sense est une manière de sortir de l’alternative vrai/faux. Preuve s’il en est que la recherche de la vérité est le dernier de ses soucis…

        Répondre

        • Johann LEFEBVRE

          Johann LEFEBVRE

          20 octobre 2014 à 12:48 |
          Pourquoi donc vous entêtez-vous à nous décrire ce qu'est la tension entre Chronos et Aiôn dans la philosophie néoplatonicienne alors que ce n'est pas de cela dont il s'agit ici, avec Deleuze ??? - et vous semblez vous étonner que ce qui est entendu ici "est le contraire de la manière dont Platon lui-même la décrit". Eh oui, évidemment ! Par ailleurs, j'ai écrit "qui, en toute logique, ne peut jamais surgir totalement dans le monde", pourquoi donc voulez-vous me faire dire qu'il s'agissait de le faire "surgir dans le monde" ? - vous évacuez précisément le sens négatif de ma phrase, vous évacuez l'adverbe "totalement" de ma syntaxe et enfin vous évacuez le cadre dans lequel je fais ma proposition (la logique). Il était question pour moi d'interroger l'effectivité de l’ Aiôn, c'est-à-dire son possible comme circulation a-historique... J'ai remarqué que vous placiez, à chaque fois, dans vos "critiques", des éléments qui ne sont pas énoncés par celui avec qui vous dialoguez et que vous lui attribuez....
          Vous écrivez "Pour ce qui est de l’absurde – le « non sense » -" :
          si vous avez bien lu Deleuze (?) et les textes de logique de Carroll, vous devriez savoir que le "nonsense" (non-sens) s'oppose (en logique, en rhétorique, en philosophie...) à l'absurde, lequel est défini par le manque et l'absence ; le nonsense, c'est au contraire un "trop" dont la surabondance génère le sens ! On pourrait dire aussi, comme Jacqueline Flescher, que l’essence du non-sens est l'absolue coïncidence entre mot et référent ; comme s'il y avait annulation de la différence ontologique, paradoxe de la non-identification.
          Concernant votre assertion - argument d'autorité dirais-je - selon laquelle "la philosophie est une quête, une recherche de vérité", je pense proposer prochainement à "Reflets du temps" un texte concernant "La philosophie & la vérité". Je considère pour ma part que Danielle Alloix a raison quand elle dit que la philosophie c'est aussi aider à vivre, surtout quand elle est, à cet égard, considérée comme le deuil de la vérité, ce qui constitue à mon sens un excellent modus vivendi.

          Répondre

          • Jean-François Vincent

            Jean-François Vincent

            20 octobre 2014 à 18:15 |
            « Non sense » dans tous les dictionnaires – sans exception - se traduit par « absurde » (parfois même par « bêtises » lol !). Mais, vous avez raison, je suis moins familiarisé que vous la lexicographie de M.Deleuze…

            Répondre

          • Danielle Alloix

            Danielle Alloix

            20 octobre 2014 à 16:06 |
            j'aime bien ce que vous ajoutez sur "le deuil de la vérité" ; là, j'entends un propos philosophique ! se méfier des tenants de la " vérité", et de ceux qui fustigent un peu trop... ça pourrait aussi aider à vivre

            Répondre

    • Danielle Alloix

      Danielle Alloix

      19 octobre 2014 à 10:31 |
      M'est revenu, en lisant votre commentaire si définitif, que la philosophie c'est aider à vivre. Moi, qui ne suis pas philosophe, mais qui ai toujours adoré la philosophie – au point qu'après mon année de terminale, j'ai ressenti un manque évident de ne plus en faire – et, qui ai ensuite étudié , puis enseigné l'Histoire, avec au fond, la même posture : aider à vivre. ; je suis étonnée de la virulence de ce que vous dîtes de Deleuze. Vous n'aimez pas, certes ; vous, sans doute ne vous a-t-il jamais aidé à vivre. C'est comme ça ; votre nourriture est ailleurs. Tant mieux. Mais, ce qui gêne, c'est cette intolérance presque violente, avec laquelle, vous semblez vouloir en dégoûter les autres ; ceux que Deleuze pourrait aider à vivre ! Il y a dans vos propos, quelque chose d'inquisitorial, ou – du tribunal révolutionnaire – même chose - qui glace, et, qui à mon humble avis, ne trouve pas sa place dans le débat intellectuel.

      Répondre

      • Jean-François Vincent

        Jean-François Vincent

        19 octobre 2014 à 11:04 |
        « Aider à vivre », dîtes vous ? La philosophie n’est pas une psychothérapie (pour cela, il y a toute la cohorte des psys !), ni une mystagogie (pour cela, il y a tous les « maîtres de sagesse », fondateurs de religions, pères spirituels ou simples gourous). Non ! La philosophie est une quête, une recherche de VERITE. C’est beaucoup plus fondamental qu’« aider à vivre ». Or, dans cette recherche de la vérité (si tant est que quiconque puisse vraiment la trouver !), il y a les chercheurs authentiques et les escrocs (tels les sophistes). Ce qui suscite la violence – votre mot est juste – de mon commentaire, ce n’est nullement une affaire de goût (de gustibus et coloribus non est disputandum !), mais une affaire d’honnêteté, d’honnêteté intellectuelle. J’aime les « vrais » philosophes, même ceux avec lesquels je suis en désaccord (exemple dans le genre marxiste : Alain Badiou). Par contre - c'est exact - je n’ai aucun respect pour les usurpateurs de ce si noble titre.

        Répondre

        • Danielle Alloix

          Danielle Alloix

          19 octobre 2014 à 13:40 |
          je maintiens : aider à vivre ; je ne confonds pas avec " la cohorte des psys" que vous semblez du reste , mépriser tout autant !

          Répondre

          • Jean-François Vincent

            Jean-François Vincent

            19 octobre 2014 à 15:03 |
            En psychologie comme en philosophie, il y a les « vrais » et les charlatans/ usurpateurs du titre. Je ne méprise que ces derniers.

            Répondre

  • Jean-Pierre Magdelain

    Jean-Pierre Magdelain

    20 octobre 2014 à 19:13 |
    L’aletheia des présocratiques n’est nullement une vérité révélée ou imposée comme un dogme ou une doctrine indépassable. C’est quelque chose qui se dévoile – après un laborieux tâtonnement - comme l’éclair à travers l’obscurité. Léthé (l’oubli) était la rivière que franchissaient les âmes après leur mort, n’ayant ainsi plus aucun souvenir de leur vie passée, d’où le processus de l’ « anamnèse » ou remémoration. Entendu de la sorte, la vérité est littéralement le non-oubli de ce qui est…vraiment !

    Répondre

Poster un commentaire

Vous êtes identifié en tant qu'invité.