Onfrayseries

Ecrit par Eva Talineau le 30 juin 2012. dans Philosophie, La une, Religions

Onfrayseries

Eva Talineau recommande la lecture dans ce commentaire - chronique de l'article de Yeshaya Dalsace, paru dans «  La Règle du jeu », dont nous fournissons le lien : "Les bourdes (bibliques) de M. Onfray" ; texte répondant à un article récent de Michel Onfray dans «  le Point » : "Jean Soler, l'homme qui a déclaré la guerre aux monothéismes". Nous faisons également apparaître le lien de l'article de Michel Onfray, et celui d'une chronique de Léon Marc Levy, concernant Michel Onfray, parue dans «  Reflets du temps » : "l'idole d'un crépuscule".

Chronique, autres articles croisés ; un sujet porteur d'interrogations multiples : la « pensée » de  Michel Onfray. Voilà ce qu'on aime dans «  Reflets du temps ». Place à la «  disputatio » !

La rédaction de Reflets du temps.

 

Ce texte, de Yeshaya Dalsace, répond point par point à un article de Michel Onfray publié dans Le Point du 7 juin 2012. On se demande d’ailleurs comment le comité de Rédaction de cet hebdomadaire a pu souhaiter publier une telle chose. L’ont-ils lue, seulement ?

Dans cet article, Michel Onfray fait un éloge hystérique de l’œuvre « extraordinaire », « monumentale », d’un philosophe méconnu et ostracisé (évidemment, cela va sans dire – comme lui-même, autre génie tellement méconnu qu’on l’entend et le lit partout), Jean Soler. L’article est entièrement écrit au superlatif – chez Onfray, l’hyperbole et l’emphase sont de structure, le lecteur doit être dans un état de fascination par la force, non des arguments, mais de l’ameutement, il ne s’agirait pas qu’il se réveille et s’extraie de cette rhétorique.

Jean Soler vient de publier aux Editions de Fallois, un récent ouvrage Qui est Dieu ? Dans cette œuvre « décisive », il « dynamite » la « montagne » monothéiste dont les juifs (ah, ceux-là…) ont depuis deux millénaires infecté l’Occident. Sans cette cause dernière de tous nos malheurs, nous aurions évolué sous la douce influence des Grecs (ah, Athènes…), et vivrions dans un monde de paix et de miséricorde. C’est connu, Sparte était une cité pacifique, quant aux Assyriens, ils n’ont même pas de mot, dans leur langue, pour « massacres ». Bref…

Echantillon : « Hitler n’a jamais été athée » – ne pas oublier qu’Onfray se pose en militant héroïque, éclairé et intégriste d’un athéisme supposé révolutionnaire, il se croit au 16ème siècle, époque où en effet, on les brûlait, les quelques fous qui se disaient « athées », – « il a été catholique, d’éducation ». « Le nazisme selon Mein Kampf (1924) est le modèle hébraïque auquel il ne manque même pas Dieu ». « Hitler est le guide de son peuple, comme Moïse, le peuple élu n’est pas le peuple juif, mais le peuple allemand, tout est bon pour assurer la suprématie de cette élection », « les soldats du Reich Allemand ne portaient pas par hasard un ceinturon sur la boucle duquel on pouvait lire “Dieu avec nous” ».

Le texte, mesuré et argumenté de Yeshaya Dalsace réfute ligne par ligne cette folie d’écriture. Il n’y a rien à y ajouter. Sauf, peut-être, une remarque. La logique dans laquelle s’inscrit l’itinéraire de Michel Onfray.

Faire tomber la « statue » de Freud, préalablement déguisé en « idole », puis ce « coming-out » anti-judaïque – il y a un fil qui relie ces deux thèmes. Ce sont deux figures du même refus de ce type d’existence, ni général, ni particulier, mais transcendant leur opposition, que Daniel Sibony appelle « singulièrement universelle ». On le sait, depuis longtemps, pour la psychanalyse, c’est un par un qu’elle opère, rien ne vaut pour tous, mais ce qui a été ouvert/créé par le travail de la parole chez un entre en résonnance avec ce qui, chez d’autres, s’est frayé, dans la plus extrême singularité, un autre chemin vers une universalité à laquelle chacun accède – seul – et qui ne fait ni loi, ni généralité. On peut l’entendre aussi, depuis son dernier livre De l’Identité à l’existence, l’apport du peuple juif, cette existence « singulièrement universelle » comme mode d’être spécifique, épure de la condition humaine, qui s’est, en quelque sorte, condensée à l’aube des temps, dans ce petit peuple, qui a pris à sa charge d’en soutenir le défi, événement de l’humanité ouvrant à l’universel non en se fondant parmi les autres peuples de la région comme apportant un dieu « normal » (cas particulier d’une règle générale), mais en inventant cette voie singulière d’accès à l’universel qui passe par le détour d’un lien à l’Etre lui-même, d’où lui revient non une identité stable identique à elle-même (celle qu’apportent les certitudes idolâtres), mais une cassure à mettre au travail.

Le cheminement de Onfray, ou sa dérive, comme on voudra, vient, s’il en était besoin, étayer la justesse de cette construction. C’est la même chose que celui-ci ne supportait pas, hier, chez Freud inventant la psychanalyse (dont il aurait accueilli volontiers une forme lénifiante, m’a-t-on dit, d’où l’apport de Freud aurait été évacué, tiens c’est curieux, c’est tout juste ce qu’ont fait les nazis, un cousin de Goering a même été nommé Directeur d’un Institut de Psychothérapie aryenne qui a existé pendant la guerre) – et qui lui est, aujourd’hui, intolérable dans ce qui, par le truchement de ces premiers hébreux, s’est peu à peu frayé une voie dans le devenir humain – un rapport à l’Etre qui passe non par la plénitude identitaire, mais par un manque voulu et combattu à la fois, vivant et actif, mais qui fait mal, aussi, qui nous propulse dans notre existence sans souci de ses concepts et de ses ratiocinations, et où c’est en suivant le plus intime de sa singularité qu’est touché – jamais durablement – l’universel.

 

Eva Talineau


A propos de l'auteur

Eva Talineau

Eva Talineau

Rédactrice

eva talineau

née à Budapest (Hongrie) dans les années après Yalta, arrivée en France en 1956 (au moment où pendant la révolte hongroise les frontières s'étaient ouvertes), études primaires, secondaires, universitaires en France. D'abord études d'histoire (c'était la moindre des choses, pour s'y retrouver un peu), puis formation analytique au sein de l'Ecole Freudienne de Paris, dans sa période flamboyante. Pratique la psychanalyse depuis 35 ans, fréquente volontiers les autres analystes quand ils sont fréquentables. Fréquente aussi la folie, celle des autres, en hôpital psychiatrique, depuis 35 ans aussi. Sociable à ses heures, asociale lorsqu'accès de pessimisme. Aime le pilpoul, c'est atavique. Capable de se taire, toutefois.

Commentaires (4)

  • alain jugnon

    alain jugnon

    01 juillet 2012 à 12:01 |
    Onfray est un philosophe athéiste : il pense sans "dieu" et analyse contre "dieu". Tentez la chose, ça aide à comprendre l'homme et le monde... être anti-monothéiste (Derrida critiquait lui la "mondialatinisation", tout autant athée et tout autant anti-religion)n'a rien à voir avec l'antisémtisme des monothéistes chrétiens ou fascistes... laissons l'antisémitisme à son monothéiste théocratique chrétien ou musulman de base. Pour ce qui est de ce qui mène les philosophes tout naturellement à quelque chose... justement le philosophe n'est mené naturellement à rien de spécial, puisqu'il pense.

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  • bernard Péchon Pignero

    bernard Péchon Pignero

    30 juin 2012 à 23:44 |
    M. Onfray parle bien mais très vite.Moi qui pense très lentement, je me méfie toujours des gens qui parlent plus vite que je ne pense. Risque évident de se faire arnaquer!

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  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    30 juin 2012 à 20:13 |
    Le délire théophobe d'Onfray et sa haine particulière du monothéisme le mènent tout naturellement - presque obligatoirement! - à l'antisémitisme....

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    • eva talineau

      eva talineau

      01 juillet 2012 à 10:39 |
      "tout naturellement", je ne dirais pas ça, il lui a fallu quelques détours pour arriver vers ce vers quoi il penchait, et je trouve intéressant que ce soit après le détour "haine de Freud", qu'il soit, carrément tombé, dans la vindicte anti-juive ! même logique inconsciemment à l'oeuvre..

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