Psychologie

Felicitas infelix. La naissance du bovarysme

Ecrit par Jean-François Vincent le 23 décembre 2011. dans La une, Psychologie, Société

Felicitas infelix. La naissance du bovarysme


Notre amie et rédactrice-en-chef, Martine L Petauton, a donc écrit une très instructive interprétation psychiatrique du cas Emma Bovary. Il reste qu’au-delà du personnage de roman, il existe désormais une véritable sociologie du bovarysme. De cas particulier et isolé au XIXème siècle, celui-ci devient de plus en plus un signe des temps : assomption du « je », recherche frénétique de l’épanouissement, impériosité du développement personnel avec – si besoin est – l’aide d’un « coach », autant de symptômes de ce bovarysme rampant et déferlant… Mais, au fait, le bovarysme, qu’est-ce que c’est ?

Ecoutons Emma elle-même : « avant qu’elle se mariât, elle avait cru avoir de l’amour ; mais le bonheur qui aurait dû résulter de cet amour n’étant pas venu, il fallait qu’elle se fût trompée, songea-t-elle. Et Emma cherchait à savoir ce que l’on entendait au juste dans la vie par les mots de félicité, de passion et d’ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres ». Bonheur, félicité, tout, tout de suite… Nous y voilà ; mais ces mots, au XIXème siècle, venaient de subir un retournement sémantique de première importance. Tel est l’objet de la présente étude.

Réflexions à partir du texte de Daniel Sibony sur la violence

Ecrit par Eva Talineau le 23 décembre 2011. dans La une, Psychologie, Société

Réflexions à partir du texte de Daniel Sibony sur la violence

 

Lire l' Article de Daniel Sibony publié dans Reflets du Temps du 16 décembre

 

 

Ce texte de Daniel Sibony, de 1998, est toujours d’actualité, et plus encore – on n’aurait jamais imaginé à l’époque que quelqu’un pourrait aller jusqu’à inventer le « dépistage » institutionnalisé de la violence chez les petits de 3 ans, comme si un enfant était un adulte miniature déjà figé dans des habitudes et des « comportements » – même les adultes, y compris ceux dits « seniors », ne le sont pas tous, heureusement – et non une boule d’énergie en voie d’organisation à travers/grâce aux contacts et chocs, avec êtres et choses qu’il rencontre – la situation la plus violente étant celle où l’enfant ne rencontre qu’une substance caoutchouteuse, ou molle, qui le renvoie à « lui-même », l’adulte en face ayant peur d’exister, par exemple de « mal dire, mal faire »… Depuis la date de cet article et aujourd’hui, un pas a été fait vers plus de bêtise encore, la vis du refoulement a été resserrée, « tour d’écrou » pour reprendre le titre de l’étrange roman d’Henry James.

Daniel Sibony : la violence est une valeur de vie

Ecrit par Daniel Sibony le 16 décembre 2011. dans La une, Psychologie, Société

Daniel Sibony : la violence est une valeur de vie


Entretien mené par Antoine Châtelet (pour « psychologies.com »)

 


Agressions en augmentation dans les transports, scènes de pillage pendant les manifestations lycéennes d’octobre dernier…

« La violence a débordé des cités pour gagner le cœur des villes », constatent les journaux. La société ne cesse de la dénoncer comme un virus qui contamine et bouleverse l’ordre social. Mais n’est-ce pas plutôt cette société qui la mobilise en prétendant l’exclure ? Pourtant une vie sans violence n’est pas concevable, ne serait-ce que parce que la mort – violence radicale – fait partie de la vie. Dans son dernier livre, “Violences : traversées”, Daniel Sibony entreprend de la penser comme une humeur, une énergie vitale qui affecte l’âme et le corps, et qu’il faut savoir interpréter pour s’en libérer.


Séminaire de Daniel SIBONY

Ecrit par La Rédaction le 09 décembre 2011. dans Philosophie, La une, Psychologie, Religions, Vie spirituelle

Séminaire de Daniel SIBONY

 

PSYCHANALYSE ÉTHIQUE

 

Les Conférences du Séminaire de

DANIEL SIBONY

 

 

L’EXISTENTIEL

 

 

Le mercredi 14 décembre 2011 de 19h à 21h

 

 

Le peuple juif comme métaphore de l’écrivain

 

La paternité matricielle

Ecrit par Jean-François Vincent le 18 novembre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Psychologie

La paternité matricielle

Il y eut récemment une polémique concernant l’introduction dans certains manuels scolaires de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) de ce que l’on appelle les « gender studies », c’est-à-dire une interrogation sur l’identité sexuelle au niveau psychologique : la différence est-elle intrinsèque et sui generis ? Ou est-elle construite par la société ? Est-on homme/femme par nature ou de par la culture ? L’essentialisme défendu par l’Eglise catholique se heurte à l’observation empirique qu’il y a des femmes très « viriles » et des hommes très « femme ».

Bref, la cause est entendue : on ne naît pas femme, on le devient… Sauf, dit le consensus, dans un domaine très particulier, un domaine où le « différentialisme » reprend tous ses droits. Ce domaine se nomme, en anglais, le « nurturing », mot difficilement traduisible qui inclut l’éducation mais aussi la nutrition, le fait de nourrir au propre et au figuré, les mille et une attentions qu’un bébé requiert et sollicite. En un mot, c’est la femme qui a la haute main sur la petite enfance ; et ce véritable matriarcat affectif se moule parfaitement dans le schéma canonique qui régit (ou devrait régir) les relations familiales : le père tenant le rôle du tiers qui s’interpose entre la mère et l’enfant, mettant fin à la fusion et ouvrant ainsi le champ aux autres et à la Loi.

Qu'est-ce que que ? (FIN) : la CPBS attitude

le 11 novembre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Psychologie, Ecrits

Qu'est-ce que que ? (FIN) : la CPBS attitude


C’est ma cousine Germaine qui se moquait tantôt ainsi de moi, en parlant de certaines de mes valeurs ; CPBS, ce sont les initiales de Calme, Paix, Bonheur et Sérénité, et ce sont peut-être les choses qui me tiennent le plus à cœur, se situant au-delà de toutes considérations politiques et morales, toujours plus ou moins stériles et rebutantes.

Le calme permet d’être en paix avec soi, et, partant de là, avec les autres, et cette paix est la condition même du bonheur, car je ne vois pas quel sorte de bonheur je pourrais connaître dans l’agitation et le conflit. Ceci fait, on peut espérer atteindre à la sérénité, qui nous dégage de la peur de la souffrance, de la maladie et de la mort.

Ma cousine Germaine, elle, prône les vertus de la colère, qu’elle reconnaît comme un mode d’expression valable, pour défendre ses droits, ses acquis, comme pour marquer son désaccord, et partant de là, me qualifie de mou, voire de lâche et de filou, détestant tout à la fois mon hédonisme, mon opportunisme et mon attentisme viscéraux. Elle estime qu’il est sain et naturel de se fritter aux autres pour faire avancer les choses.

La porte

Ecrit par Eva Talineau le 04 novembre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Psychologie

La porte


1er novembre, et il fait sombre et l’ombre du monde étend à l’intérieur de moi sa nappe de tristesse – la bêtise et la mauvaise foi du dehors me rongent à l’intérieur – un ami, dont la fréquentation me protège un peu  de la déréliction ambiante, s’est absenté – d’autres sont là, pas si loin, que j’aime aussi, mais sur cette scène là, celle où les nuages noirs gagnent du terrain, ils n’y sont pas. Mélancolie banale qui donne à la vie un goût de cendres, de solitude, et qu’il vaudrait mieux, peut-être, que rien ne soit venu à l’être plutôt que quelque chose.

Et puis, en même temps, la vie continue, quotidienne, et heureusement – il faut faire les courses, prévoir des repas, et il n’y a presque plus de lessive-laine/cashmere. Direction Auchan. « Je vais avec toi » déclare mon mari, qui sent que je ne suis pas « dans mon assiette ». Très bien. Nous sortons, moi sans rien voir, perdue dans mes pensées, machinalement, je ferme la porte, sans la regarder. Qui regarde une porte ? Elle est comme d’habitude, blanche, reliant/séparant intérieur et extérieur. L’idée de la porte est-elle apparue dans le monde en même temps que celle de maison, où un peu après ? Les animaux ont des terriers, des nids, des grottes, des espaces d’habitation – quelques uns d’entre eux ont-ils inventé ce concept, qui pour nous semble aller de soi, d’interposer un quelque chose entre dedans et dehors ?

Ecouter Haendel, Scarlett et Philippe Reliquet

Ecrit par Colette Windecker le 04 novembre 2011. dans Psychologie, La une, Education

Ecouter Haendel, Scarlett et Philippe Reliquet

« C’est une petite fille aux beaux yeux bleus, presque couleur de myosotis, au teint pâle. Ses yeux rient, sa demande est impérative : “Ecouter Haendel !” ». Scarlett et Philippe Reliquet sont les parents de cette petite Garance, qui souffre de « troubles envahissants du développement », qui n’ont pas de dénomination précise et ressortissent plus ou moins à une forme d’autisme, « inguérissable » : « Il lui faut, il lui faudra vivre ainsi. Vivre avec cela. Et nous, ses parents, aussi. Non pas avec Haendel, mais avec “Ecouter Haendel” », ou – comme elle dit encore, et encore – avec : « A mettre Haendel ». De dix années passées ainsi avec Garance, ils ont fait un livre qui, par touches successives, nous fait entrevoir l’étrangeté de sa perception des gens et des choses et de la relation qui en découle : nous entrons dans le monde de Garance, nous entrevoyons son fonctionnement, nous découvrons une autre cohérence, parfois nous comprenons des attitudes déroutantes. Ce qui frappe, c’est le ton juste qu’ils ont su trouver pour relater leurs observations et leur expérience, à la fois très dure et très belle. L’émotion se garde de tout pathos, la confidence est toujours pudique pour parler de « cette souffrance étrange, inconnue, inattendue, (qui) était installée en nous et ne nous quitterait plus jamais ». La gravité se mêle à l’humour, et finalement le document devient poésie. « Elle aime se laisser couler au fond du bain, gardant les yeux grands ouverts, en apnée, rester ainsi de longs moments.

Lucrèce et la cerise ...

Ecrit par Martine L. Petauton le 04 novembre 2011. dans Vie quotidienne, La une, Psychologie

Lucrèce et la cerise ...

Un chagrin vient de me tomber dessus, il y a peu. Force 7, pour le moins, sur l’échelle de Richter ; tempête tropicale soudaine ; fracas des murs qui s’effondrent ; alerte rouge pas comprise sans doute. Que lire dans cette carte météo ? Où se trouve l’œil du cyclone ? Etretat tombe dans la mer, et, à la différence des 3 petits cochons, je n’avais pas préparé de maison en pierre…

Le psy - que je n’ai pas - me dit : «  essayez donc un peu de Lucrèce ! ». Sur ma table de chevet, deux vieux « Garnier - Flammarion » ; « les fleurs du mal » évidemment, et le « De  Natura Rerum » de Lucrèce. Celui qui « tord le vieux voile d’Isis trempé dans l’eau des ténèbres », comme dit mon cher V. Hugo. Jauni, il est encore annoté de mon écriture d’adolescente ; - elle a peu changé - et cette pérennité, cette constance, restent en moi, à l'autre bout de la vie ...

Comme la cerise d’une vie déjà  si peu  gâtée en soucis, je me surprends à  dire, contemplant ce que je traverse, que, peut- être, comme Lucrèce, j’apprécie mal distances et volumes ! Notre scientifique latin, cherchant à raisonner et à expliquer cette nature qui l’entourait, a souventes fois - si moderne - eu des intuitions géniales quand il s’est agi de la chaleur, de la circulation des sons, de la réfraction de la lumière, sans compter - pièce magistrale de son œuvre - des atomes (mais, si !).

Qu'est-ce que que ? Courage, Fuyons !

le 04 novembre 2011. dans Psychologie, Ecrits, La une, Société

Qu'est-ce que que ? Courage, Fuyons !


Décidément, il faudra que je songe à écrire l’éloge de la lâcheté ! Voilà ce que je me disais hier soir, par pur goût pour la provocation. Hélas, la chose a déjà été faite, avec bien du talent, par Jean Laborie, dans son « éloge de la fuite », ouvrage auquel je vous renvoie, et je ne pourrai malheureusement que le paraphraser, à défaut de le résumer correctement, quitte à le trahir au besoin, étant donné mon absence de principes.

Il y défend l’idée que le comportement d’évitement est né d’un processus adaptatif, et ne se rencontre que chez les espèces « évoluées ». De là, il n’y a qu’un pas à affirmer que la démission et la fuite, chez l’être humain, dénotent également d’un haut degré d’évolution. J’ai déjà évoqué ce point dans le chapitre « coïto, ergo sum », et j’ai bien conscience de son odeur de soufre.

Mais je pense tout particulièrement à l’appel du clairon, et, ayant été en mon temps objecteur de conscience, parce que fondamentalement pacifiste et non-violent, je vous fiche mon billet qu’en cas de guerre, j’aurais tout simplement été déserteur, pour ne pas avoir à connaître le triste sort des réfractaires.

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