La joie

Ecrit par Luc Sénécal le 08 décembre 2012. dans La une, Psychologie

La joie

Cet état d’esprit, est-il le produit ou le résultat d’une hormone quelconque ou est-ce une vertu spirituelle fondée sur une espérance transcendantale ?

Oui et non. Restons simple. Il y a des personnes qui ont une facilité tout à fait remarquable à rester dans une attitude positive quelles que soient les situations dans lesquelles elles se trouvent.

Ces personnes-là dispensent de la joie et j’irai même dire participent à une forme de bonheur, ne serait-ce que de les rencontrer au hasard de notre parcours dans la vie. Que ce soit une question d’hormone. Probablement. Que ce soit l’influence de la lune. Pourquoi pas. Que ce soit dans leurs gênes. On peut le croire. Que ce soit une vertu. Certainement. Qu’elle soit fondée sur un concept philosophique. Dans ce cas, je ne le pense pas. Il n’y a pas de concept à la base de ce que l’on est à la naissance. Ce serait plus dans la personnalité de ce genre de personnage.

Par contre, devenir quelqu’un qui trouve dans l’existence, malgré tous les déboires qui la parsèment, de la joie et la dispense autour de soi, cela peut relever d’un concept philosophique, et partant, parfois religieux. Mais cela est étroitement lié à un choix de vie. Un choix qui vient de soi. De son vécu. De sa conception intrinsèque de la Vie. De la capacité à prendre du recul sur les évènements aussi pénibles et douloureux soient-ils, ou aussi remarquablement rarissimes et enthousiasmants qu’ils soient. Car dans ce cas, la personne a su s’extraire des apparences matérielles, physiques, morales, mentales, affectives ou sentimentales même, qui encombrent sa perception de l’existence. Pour avoir dans son esprit la capacité d’appréhender le tout. C’est-à-dire, en restant humble (et plus cette capacité se fait jour, plus cette évidence s’impose), accepter d’être ce que l’on est tout en appréciant la magie formidable dans laquelle nous nous trouvons nous, en tant qu’êtres humains disposant de nos cinq sens. Ce « tout » qui permet la Vie. Car la Vie est magique. Il faut un nombre d’éléments extraordinairement complexes et multiples pour la permettre. Mieux, la mort participe à cette magie, en lui donnant tout son sens. La mort sublime la vie.

Bien entendu, nombre de religions présentent dans l’expression de leur conception de l’existence ce que j’exprime là. Pour autant, point n’est nécessaire de souscrire à telle ou telle religion, puisque celles-ci dépendent de la région du globe où l’on naît et grandit. Mais il est de fait que l’idée en elle-même se retrouvant dans chacune d’elles est la preuve que nombre d’êtres humains ont pu faire ce long chemin qui conduit non seulement à l’humilité, mais aussi à la joie. Puisque cela y conduit et si tel est réellement le cas, liberté reste à chacun(e) d’y adhérer pleinement ou non.

Dans le monde actuel, c’est-à-dire de nos jours, ce que l’on appelle le « veau d’or » a tellement pris d’emprise que plus l’enrichissement matériel provenant du génie humain, de ses recherches scientifiques, de sa capacité à engendrer un système d’échanges sophistiqué, de ce qu’il apporte en confort et en pouvoir, plus le sens naturel de la vie même a été pollué, détourné, modifié. On a prétendu pouvoir maîtriser la nature. Vaste fumisterie et incroyable illusion pour un être qui y participe pleinement et qui en est intimement lié. L’être humain n’est que l’une des expressions du vivant de la planète et même de l’univers, tel que nous le connaissons. La mort dans les pays occidentaux, on la cache. On en fait un « marché ». On la fuit. On ne veut pas la voir. On ne veut pas savoir.

Heureusement que les voyages à travers le monde permettent de s’instruire auprès d’autres cultures, d’autres conceptions, d’autres réalités. Heureusement qu’il reste à l’homme une capacité de comprendre les tenants et les aboutissants d’une problématique aussi fondamentale que celle-là. Et ensuite de bien vouloir en admettre l’enseignement. Car on peut tout aussi bien le refuser par le déni, ou en se trouvant des prétextes divers et variés, tous aussi confortables, pour pouvoir persévérer sur une mauvaise route. Mais au bout du compte, qu’en restera-t-il ?

Personnellement, c’est le monde que nous empruntons à nos enfants et le potentiel d’avenir que nous leur laissons en héritage qui me soucie le plus. Et je l’avoue, ici où je suis, je ne suis pas très joyeux en voyant tous ces gâchis. Tout en admettant que j’en ai largement moi-même profité. Ce qui ne m’empêche pas d’en reconnaître les nuisances à long terme. Ce, sans pour autant incriminer qui que ce soit ni me scléroser dans une attitude dans laquelle mon jugement aurait une valeur absolue en prétendant détenir la seule Vérité. Alors qu’il n’y a pas une vérité en ce monde mais une multiplicité de vérités toutes aussi estimables lorsqu’elles sont empreintes de ce que nous sommes, là où nous sommes, selon nos origines et la communauté qui nous a enseigné une vision du monde, tel qu’elle peut le concevoir. C’est-à-dire différemment de toutes les autres.

En fait, il y a là quelque chose qui doit me rendre joyeux. De savoir que chaque être humain a en soi, vous comme moi, la capacité de découvrir en lui-même le chemin qui lui permette de trouver ce qui lui permettra de ressentir la plénitude de son existence au travers de la Vie. Et de la compréhension de ce que sa disparition inévitable lui apporte. Tant qu’il aura la possibilité de ne pas se fourvoyer parmi toutes les apparences en forme de priorités vitales qui viennent sans cesse le heurter, parfois jusqu’à en mourir de désespoir et de tristesse, ou pire dans une illusion désespérante et vaine. Et ce, sans même avoir l’idée ou la volonté facile, nous, en tant qu’individu, de le condamner pour autant. Bien au contraire.

Ai-je répondu à la question ? Peut-être pas.

Mais ce que je dis là est issu d’un chemin qui m’est personnel et n’appartient qu’à moi-même. Sans avoir l’intention de l’imposer à qui que ce soit. Comme cela doit être le cas pour tout à chacun, il me semble. Non ?

 

Luc Sénécal

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