Religions

Hypocrisie algérienne et féminisme de la jupe

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 06 juin 2015. dans Monde, La une, Ecrits, Religions, Politique

Hypocrisie algérienne et féminisme de la jupe

Peignant les misères de la Kabylie dans ses écrits ethnographiques, Mouloud Feraoun avait montré que cette région n’était belle que pour celui qui la voyait avec un regard neuf. Vous pouvez généraliser cette idée émise dans les années 1950 sur l’Algérie d’aujourd’hui : l’Algérie n’est belle que pour les étrangers et les émigrés qui ne l’ont pas visitée depuis des lustres. Cette misère est sorcière : tantôt palpable, tantôt abstraite tel un ver soufi. En paraphrasant Edouard Glissant, vous pouvez représenter cette misère par un Archipel de petites misères liées les unes aux autres par des rhizomes invisibles. La vue de cet Archipel, la sensation de son tumulte, sa complexité, font pleurer les Algériens conscients de la mécanique du pays, et bercent ceux qui sont aveuglés par le Narcissisme héréditaire. Cependant, les habitants de ce petit Tout-Monde misérable intériorisent les maux et les troubles, se réfugiant dans la religion, dans le complexe d’infériorité qui subsiste depuis Fanon sous un autre masque, ou très souvent dans l’hypocrisie et la banalité. Exemple : la jupe. Quelques centimètres de tissu fabriqués en Turquie ou en Chine font couler tant d’encre ! C’est l’histoire d’une étudiante, quelque part dans cet Archipel balzacien, qui a été renvoyée de l’université parce qu’elle portait une jupe trop courte. Depuis des semaines, l’évènement circule d’un trottoir à l’autre, faisant vibrer notamment la toile : en guise de solidarité, des pages sont créées, des photos de femmes en minijupe diffusées, et des marches programmées. Des excuses sont présentées à l’étudiante.

Toute femme a le droit de s’habiller comme elle veut vu qu’elle est un être libre, mais l’université est un lieu sacré de Savoir et de valeurs universelles, non une boite de nuit ou des escaliers de Cannes. L’ampleur conquise par ces centimètres est due à la banalité, fille de l’hypocrisie algérienne qui règne sur le pays des orteils jusqu’au front. En somme c’est un cogito néo-cartésien : plus c’est banal, plus c’est bon. Une poignée de tissu est prise pour une théorie féministe, alors que les gens ignorent le vrai sens de la femme et du féminisme. Flashback : guidées par Lysistrata, des femmes de la Grèce antique forcent leurs maris à cesser la guerre ; Simone de Beauvoir, charmante, libre dans sa tenue vestimentaire sans être provocatrice, souriante à côté d’un Sartre sage et discret, consacra sa vie pour l’égalité des droits en faveur des femmes. Sous les menaces fréquentes, dans un climat de sang et de souffre, Gisèle Halimi aiguisa ses actes courageux et sa plume éprise de justice. Tous ces combats féministes sont réduits en Algérie à un pan de tissu. La raison : la banalité algérienne explique cet acte par l’ouverture d’esprit et la liberté. Sartre perdait donc son temps en fouillant les mystères de la liberté qu’on explique tout simplement par une jupe tissée en fraction de secondes. Si vous n’êtes pas d’accord, on vous qualifiera d’islamiste angoissé par les courbes du deuxième sexe. Ainsi, n’essayez pas d’être en Algérie un Gandhi sage et entouré d’un drap, ou un Emir Abdelkader humaniste et habillé de burnous ; portez les dernières modes vestimentaires inspirées des feuilletons turcs, et le pays vous prendra pour un savant à l’esprit ouvert.

Nomade de ma vie, Dieu est un homme comme les autres

Ecrit par Luce Caggini le 16 mai 2015. dans La une, Ecrits, Religions, Actualité

Nomade de ma vie, Dieu est un homme comme les autres

« La fondation Al-Kawakibi, dont l’objectif est d’organiser un Forum mondial pour une réforme islamique en 2016, a été officiellement lancée mardi 21 avril. Pour marquer le coup médiatique, un débat a réuni sur une même scène le philosophe Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, et Alain Finkielkraut, “dont les positions critiques sur l’islam et les musulmans ne nous laissent pas indifférents” ».

Manifestement même la brillante conférence de deux brillantissimes érudits tels deux aigles empanachés, musclés, puissants et merveilleusement empruntés de courtoisie n’a pu venir à bout d’un rituel sans aucune autre armure miraculeuse que la médaille de Lourdes.

Rimant tous deux avec médina et yashiva ils n’auront pas été intimement chagrinés par le même Dieu dans ce passionnant marathon duo des frères ondoyés par la même intention : montrer leur magistral amour de la vérité et leur partage entre marginalité et analogie de redimensionner la planète entre deux mondes animés par des artistes de génie, deux méthodiques manières de parler de l’islam et la vanité des religions révélées. En effet agneaux et loups ne peuvent co-générer deux amants et deux amantes sans perdre leur identité.

Agneau divin, Agneau araméen, Agneau adrénaline, Agneau cépage contrôlé, Agneau nombril, Agneau Adonaï, Agneau andalousé, Agneau muselé, Agneau répudié, Agneau endormi, Agneau purgatoire, Agneau panthéonisé, Agneau naphtalisé, Agneau purifié, Agneau peinturluré, Agneau muet comme une montagne de moines en pénitence, Agneaux armés de munitions angéliques montrant leur dorure parcimonieusement, Agneaux mendiants errant parmi des milliards de morts, minaudeurs rageurs et courtois, Agneaux murés et mugissant de douleur miraculeusement purifiés au milieu d’un monde immonde ruminant le même mot répété des millions de fois par des milliards de moribonds minés par leur marabout, leurs idolâtres argentiers nomadisant d’un puits de pétrodollars à un mur de purifications avec un maître-mot, Dieu.

 

http://www.saphirnews.com/Al-Kawakibi-Ghaleb-Bencheikh-Alain-Finkielkraut-le-debat-en-video_a20726.html

Une nouvelle conférence du Wannsee ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 avril 2015. dans La une, Religions, Actualité

Une nouvelle conférence du Wannsee ?

Après les Juifs, les Chrétiens ! Rien de bien nouveau toutefois. Les SS (cf. mon article sur les « racines occultes du nazisme ») préparaient une extermination des Chrétiens, une fois achevé le génocide des Juifs. Islamo-fascisme, comme dit Valls ? Non, c’est encore un euphémisme : plutôt un islamo-nazisme. Nazie, en effet, l’extermination planifiée : 2000 Chrétiens assassinés au Nigéria par la secte Boko Haram, 28 Ethiopiens chrétiens fusillés en Lybie par l’état islamique, 21 Coptes égyptiens égorgés par ledit « état »… on dit que les massacres projetés dans les églises de Villejuif auraient été commandités depuis la Syrie…

Y aurait-il, quelque part, sur le territoire de « Daesch » une conférence, semblable à celle qui s’est tenue, en janvier 1942, sur les bords du Wannsee, sous l’égide du Gruppenführer SS Reinhard Heydrich. Les nazis avaient d’abord imaginé d’expulser les Juifs sur le territoire de l’ex-empire ottoman sous mandat britannique. Et puis, non, cela revenait décidément trop cher, la « Vernichtung », l’annihilation, était plus simple, plus expéditive, plus économique…

Jusqu’à présent, les islamo-nazis (à ne pas confondre avec les musulmans en général) avaient préféré la déportation (vieille tactique également nazie). D’abord les Juifs : expulsion minutieuse de toutes les communautés juives du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Il n’en reste plus aucune sauf – à l’état résiduel – au Maroc et en Tunisie. La « dhimmitude », l’infamie par l’impôt, ne suffisait donc plus : il fallait une terre d’Islam « judenrein ». Résultat atteint.

Au tour des Chrétiens maintenant. Même procédure : on commence par chasser. Au Liban et en Irak, c’est chose faite ; en Égypte, l’exode a débuté. Mais ça ne suffit pas, c’est trop lent ; alors on tue. On aura bientôt une terre d’Islam « christenrein ».

Un pas supplémentaire – et inquiétant – semble avoir été franchi : il ne s’agit plus simplement de purifier les pays musulmans des miasmes infidèles, mais bien d’éliminer ces derniers partout où ils se trouvent. Les Juifs – toujours en première ligne ! – à Paris, Copenhague et ailleurs, puis désormais, les Chrétiens aussi.

Dans les religions du salut, les trois religions monothéistes, il est dit qu’à la fin des fins, les autres, païens ou infidèles, se rallieront à la vraie foi. Avec Daesch, plus de conversions : l’eschatologie se veut exterminatrice. Dans le siècle futur, il n’y aura que des musulmans… car les « autres » n’existeront plus.

Pessah

Ecrit par Jean-François Vincent le 04 avril 2015. dans La une, Religions

Pessah

Aujourd’hui nous sommes le 15 Nissan de l’an 5775 depuis la création du monde. Aujourd’hui commence l’octave pascal du Judaïsme. Pourquoi octave (huit jours) ? Parce que, tant dans le Christianisme que dans le Judaïsme, le chiffre 8 symbolise le siècle à venir, les temps messianiques, l’olam haba, comme on dit en hébreu. Nous sommes encore au 7ème jour, celui qui fait suite au 6ème, quand l’homme fut créé. Le 8ème et ultime jour sera celui de la re-création de l’univers.

Et tout d’abord quid du mot « Pessah » ? Le terme signifie littéralement « sauter », « passer par-dessus ». C’est Dieu Lui-même qui « sauta par-dessus » les maisons des enfants d’Israël pour les épargner, lorsqu’elles étaient contiguës des demeures des Égyptiens. « On prendra de son sang et on en teindra les deux poteaux et le linteau des maisons dans lesquelles on le mangera » (Ex. 12.7). Rachi, le grand exégète médiéval, explique : « c’est Pessah pour Hachem (litt. le Nom, dans le Judaïsme, on évite d’utiliser fût-ce le mot de « Dieu »). C’est le sacrifice que l’on nomme Pessah. Et vous aussi, vous allez faire ce que vous demande le Ciel en vous précipitant et en sautant, à l’image du sacrifice appelé Pessah ». Pessah représente donc un sacrifice d’action de grâce, un remerciement à Dieu qui n’a pas tué les premiers nés des hébreux, leur évitant ainsi la dixième plaie d’Égypte ; mais ce, à une condition : qu’ils répandent eux-mêmes du sang et en peignent leur porte. Immolation d’un animal à la place d’un enfant : une substitution qui se reproduira avec Isaac.

Mais Pessah veut dire aussi « passage » : le passage de la mer rouge, c’est-à-dire le passage de la condition d’esclave à celle d’homme libre. La fête a pour nom « Zman Heroutenou », le temps de la liberté, de l’émancipation, souvenir si précieux à toutes les époques de servitude ou de dhimmitude que vécut le peuple juif.

Pessah possède également – comme la Pâque chrétienne – une connotation astronomique : toujours située au printemps, la célébration est un gage de renouveau. Le Midrach dit : « le Saint, béni soit-il, n’a pas libéré Israël durant l’hiver glacial ou durant les chaleurs étouffantes de l’été. Il a choisi le mois du printemps, « hodech haaviv ». Rappelons que, chez les Chrétiens, la date de Pâques est fixée au dimanche après la pleine lune qui suit l’équinoxe de printemps : là rayonne le Soleil de justice, le Christ, dont la lumière illumine la lune, symboliquement son épouse, l’Église. Le cœur de Pessah se situe ce soir même, au Seder de Pessah, liturgie familiale qui inaugure les huit jours festifs. Il y a là les quatre coupes de vin accompagnées de lectures, dont la première s’appelle « Kiddouch », sanctification ; quatre sont aussi les fils qui posent des questions : « Hackham » le juste, « Racha » le méchant, « Tam » le simple, et « celui qui ne sait pas poser de questions ».

Judaïsme et Christianisme : pourquoi se sont-ils séparés ?

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 mars 2015. dans La une, Religions, Histoire

Judaïsme et Christianisme : pourquoi se sont-ils séparés ?

Au commencement, tous étaient juifs. Les « réformés » de la nouvelle secte continuaient à fréquenter les synagogues, tout en participant au culte eucharistique, qui, en général, se déroulait chez des particuliers (les futures « églises » n’existant pas encore). Ce n’est que très progressivement que la césure se fit jour, rendant impossible la double appartenance. Alors pourquoi ?

On pense d’abord évidemment aux controverses christologiques. Et il est vrai que le Talmud ne ménage pas Jésus : « on devrait le lapider, dit Sanhedrin 4.3, car il a pratiqué la magie ; il a séduit et fait prendre Israël en aversion ». Les Sages d’Israël le nomment couramment « Ben Stada », le magicien. Le reproche le plus grave, bien sûr, étant celui d’apostasie et de mensonge : « le rav Abbahu dit (Pal. Taanith 2.1) : si quelqu’un dit “je suis Dieu”, il ment ».

Toutefois, il ne s’agit ici qu’indirectement de points de doctrine ; le débat porte avant tout sur la personne du Christ : vrai ou faux messie ? Personnage simplement humain ou divino-humain ?

Plus grave et beaucoup plus polémique apparaît la querelle introduite par saint Paul au sujet de la Loi.

La Loi, la Torah, point focal de la spiritualité juive. Est-elle créée ou incréée ? Les rabbins en discutent. Quoi qu’il en soit, elle précède la création. Dieu, tel le démiurge de Platon dans le Timée, s’en servit pour faire passer les choses du néant à l’être (Berechit Rabba 1.1) : « la Torah déclara alors : c’est moi qui fus l’instrument du Saint béni soit-Il dans son œuvre (…) il en fut ainsi du Saint béni soit-Il : Il consulta la Torah et créa le monde ».

L’évangile de Mathieu, le plus proche du Judaïsme, fait dire à Jésus (Mat 5,18) : « car je vous le dis, en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la Loi un seul iota, un seul trait de lettre, jusqu’à ce que tout soit arrivé ».

Toute autre tonalité chez Paul. Certes, il ne nie pas la valeur de la Torah : « anéantissons-nous donc la Loi par la foi ? Loin de là ! Au contraire, nous confirmons la loi (Rom 3,31) ». Néanmoins, pour l’apôtre, la Loi manifeste le péché, « parce que la Loi produit la colère, et que là où il n’y a point de loi il n’y a point non plus de transgression (Rom 4,15) (…) or, le péché n’est pas pris en compte (ellogeitai), quand il n’y a point de Loi (Rom 5,13) ». Aucune identité formelle pourtant entre la Loi et le péché : « la Loi est-elle péché ? Loin de là ! Mais je n’ai connu le péché que par la Loi (Rom 7,7) ». Il n’en demeure pas moins que celle-ci est cause du péché : « la Loi advint, de telle sorte que la faute (hamartia) s’accrut (pleonasse) (Rom 5,20) ».

Fatwa meurtrière

Ecrit par Tawfiq Belfadel le 03 janvier 2015. dans Monde, La une, Religions, Actualité, Politique

Fatwa meurtrière

Un père, une maman, et deux fils. Voilà ma famille. Mon père reçoit une prime de militant alors que, selon les témoignages, il n’a jamais fait la guerre. Ma mère est analphabète au front tatoué. Tabassée souvent par mon géniteur, elle a fini par prendre les gifles pour une bénédiction. Mon frère est islamiste et imam. Il n’y a que moi qui écris de gauche à droite, parlant une langue qu’ils prennent pour une musique et un signe de féminité. Mon frère ne m’a jamais parlé ou regardé dans les yeux. Il est le feu, je suis la glace. Mes parents l’aiment beaucoup parce qu’il leur jure que leur place est dans le Paradis. Il leur dessine ainsi des rivières infinies et des châteaux lumineux. Un jour, j’ai trouvé ma chambre en grand désordre : livres et manuscrits brulés, portraits arrachés des murs, et cette phrase accrochée à la porte : « Tu dois mourir ». Je n’ai rien dit. Le vendredi, il fait une fatwa pour me tuer. Fatwa meurtrière. Après la fin de son prêche, il entre dans ma chambre, un couteau dans la main, et le nom d’Allah au bout de la langue. Gardant mon sang froid, je le prie pour une discussion à bâtons rompus. Il accepte difficilement :

Salamalec mon frère islamiste. Nous avons tous deux les pieds sur l’Algérie mais un grand gouffre nous sépare. Tu te dis arabo-musulman. Je suis Algérien : mon identité est une mosaïque embellie par d’innombrables appartenances que je n’arrive même pas à distinguer et que je revendique toutes. L’histoire de l’Algérie ne commence pas avec le débarquement des troupes françaises sur Sidi-Ferruch ou l’arrivée des Ottomans, mais des siècles avant la fabrication de la parabole. Seul le nom que tu portes et que tu rêves de léguer à ta progéniture revêt toute une grande histoire imprégnée de multiples appartenances. Ce n’est pas parce que le Coran est écrit en arabe que l’islam et l’arabité sont synonymes : quitte tes chaussures et sillonne la terre comme Ibn Battuta, Ibn Khaldoun, Ibn Arabi, l’Emir Abdelkader, et tu verras que même ailleurs il y a des musulmans écrivant de gauche à droite, qu’on ne peut pas voir le monde d’un minaret.

Tu me prends pour un mécréant parce que tu ne me vois pas dans les premières lignes dans la mosquée. Parce que je parle une langue que tu ne comprends pas, la confondant avec le visage de la colonisation. Parce que tu vois un essaim de femmes me chérir et demander mon autographe. Parce que tu me vois à la télévision française. Tu théorises ainsi ton hypothèse surréaliste : « Il dénude l’Algérie pour être gâté par la France ». Ton ennemi n’est pas l’Occident mais des Algériens comme nous tous, ayant transformé la vie en uniforme, et la religion en caserne. Tu me prends pour un libertin, un débauché : tu m’avais vu boire ou baiser ? Ne fais pas semblant d’ignorer qu’en islam, le moindre doute est un pêché. Tu veux que je sois ta photocopie alors que j’ai appris à être libre sans me perdre. La réalité est subjective, et personne ne détient la vérité. Le Prophète a transmis l’islam ni par le sabre ni par la menace du verbe, mais par l’exemple. N’est-il pas dit dans le Coran « vous avez votre religion et j’ai la mienne » ? Tu commences à trembler et tu te dis comment ce francophone connaît tant de choses sur l’islam et sait mieux parler que moi.

« 50 nuances de haine »

Ecrit par Kamel Daoud le 20 décembre 2014. dans Monde, La une, Religions, Actualité, Politique

« 50 nuances de haine »

Actu/urgence : Notre ami Kamel Daoud est victime d’une fatwa majeure, le menaçant de mort, par le fait d’une mouvance salafiste algérienne. Solidarité avec K. Daoud, et indignation devant de telles pratiques obscurantistes !

La rédaction de Reflets du temps

 

Question fascinante : d’où vient que certains se sentent menacés dans leur identité, dans leur conviction religieuse, dans leur conception de l’histoire et dans leur mémoire dès que quelqu’un pense autrement qu’eux ? La peur d’être dans l’erreur les poussant donc à imposer l’unanimité et combattre la différence ? De la fragilité des convictions intimes ? De la haine de soi qui passe par la haine de l’Autre ? De toute une histoire d’échecs, de frustrations, d’amour sans issue ? De la chute de Grenade ? De la colonisation ? Labyrinthe.

Mais c’est étrange : ceux qui défendent l’islam comme pensée unique le font souvent avec haine et violence. Ceux qui se sentent et se proclament Arabes de souche ont cette tendance à en faire un fanatisme plutôt qu’une identité heureuse ou un choix de racine capable de récoltes. Ceux qui vous parlent de constantes nationales, de nationalisme et de religion sont souvent agressifs, violents, haineux, ternes, infréquentables et myopes : ils ne voient le monde que comme attaques, complots, manipulations et ruses de l’Occident. Le regard tourné vers ce Nord qui les écrase, les fascine, les rend jaunes de jalousie. Le dos tourné à l’Afrique où l’on meurt quand cela ne les concerne pas : Dieu a créé l’Occident et eux comme couple du monde, le reste c’est des déchets. Il y a des cheikhs et des fatwas pour chaque femme en jupe, mais pas un seul pour nourrir la faim en Somalie. L’abbé Pierre n’est pas un emploi de musulman ?

Laissons de côté. Gardons l’œil sur la mécanique : de quoi est-elle le sens ? Pourquoi l’identité est morbidité ? Pourquoi la mémoire est un hurlement pas un conte paisible ? Pourquoi la foi est méfiance ? Mais que défendent ces gens-là qui vous attaquent chaque fois que vous pensez différemment votre nationalité, votre présent ou vos convictions religieuses ? Pourquoi réagissent-ils comme des propriétaires bafoués, des maquereaux ? Pourquoi se sentent-ils menacés autant par la voix des autres ? Etrange. C’est que le fanatique n’est même pas capable de voir ce qu’il a sous les yeux : un pays faible, un monde « arabe » pauvre et ruiné, une religion réduite à des rites et des fatwas nécrophages après avoir accouché, autrefois, d’Ibn Arabi, et un culte de l’identité qui ressemble à de la jaunisse.

Les fêtes judéo-chrétiennes du solstice d’hiver

Ecrit par Jean-François Vincent le 20 décembre 2014. dans La une, Religions

Les fêtes judéo-chrétiennes du solstice d’hiver

Le solstice de décembre (dans l’hémisphère nord s’entend), depuis des temps immémoriaux, est un instant crucial : les ténèbres recouvrent la terre, la nuit avale le jour, qui ne cesse de décroître… ce mouvement de mort, de déclin, va-t-il s’inverser pour qu’enfin la vie, la nature renaissent ? Dans l’antiquité classique, le vecteur de cette vie n’était autre que le soleil, sol dominus orbis, kosmocrator, maître du globe terrestre, de l’univers (cosmos) tout entier. Sa défaite ? sa décroissance ? Une simple apparence ! Invaincu, invictus, il donne chaque année la preuve de son invincibilité.

S’appuyant sur Isaïe 9,1 « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi », les chrétiens eurent tôt fait de s’approprier le symbole : le Christ, vainqueur de la mort, se lève ou plutôt se re-lève (sens littéral du mot ana-stasis, résurrection) comme Hélios. Quoi de plus naturel que de le faire naître comme ce dernier au solstice ? « Ta naissance, ô Christ notre Dieu, a fait resplendir dans le monde la lumière de l’intelligence. Ceux qui servaient les astres sont instruits par un astre de t’adorer Soleil de justice, et de te contempler, Orient venant des hauteurs : Seigneur, gloire à toi ! » chante l’Église orthodoxe à Noël. C’est, en effet, une étoile qui guide les rois mages vers la crèche de la Nativité.

Au-delà même du soleil, le Sauveur s’identifie à la lumière, « vraie lumière qui illumine tous les hommes » (Jn 1,9). Une chapelle en Italie, le « tempietto longobardo », le petit temple lombard, de Cividale (cf. photo infra) montre cette scène extraordinaire : deux rangées de saints et de saintes adorant une fenêtre vide, tournée à l’est d’où percent les premiers rayons du matin. Nulle métaphore ici : Jésus EST la vera lux, « lumen aeternum, in quo non differt essentia luminis et ipse actus lucendi » dit saint Bonaventure, lumière éternelle dans laquelle se confondent l’essence lumineuse et l’acte même de luire.

On aurait tort de croire que ce paganisme résiduel se limite au Christianisme ; dans le Judaïsme aussi on fête le solstice d’hiver.

Tout le monde connaît l’histoire de la réhabilitation du Temple de Jérusalem par Judas Maccabée, le 25ème jour du mois de Kislev, en 164 avant notre ère, date anniversaire de sa profanation. On sait aussi que cette fête se nomme « fête des lumières » : pendant huit jours, on allume chacune des huit branches de la menorah, en souvenir du miracle de l’huile, dont très peu avait pu être sauvée de la profanation d’Antiochos IV, et qui malgré tout avait continué à bruler pendant huit jours après le reconsécration du Temple, alors que normalement, vu la faible quantité, la lampe aurait dû s’éteindre au bout d’une journée.

Hanoukka – une autre fête dans un autre temps

Ecrit par Daniel Fischer le 20 décembre 2014. dans La une, Religions

Hanoukka – une autre fête dans un autre temps

1) Point de départ

En vous promenant, ces jours-ci, à travers les grandes villes décorées pour Noël, il se peut que, tout à coup, vous vous trouviez en face d’un grand chandelier à neuf branches. De toute façon, le soir, vous y rencontrerez des personnes, tout de noir vêtues, allumant des bougies et chantant des chansons aux sonorités hébraïques, les uns pour établir leur rapport au Judaïsme, les autres pour joindre leur voix à une fête juive, plus précisément Hanoukka. De bonnes idées que celles-ci ! Ce faisant, ils témoignent de la manière dont les Juifs honorent leur fête des Lumières. Un collègue, il y a peu, me faisait part de son étonnement à ce sujet : comment se fait-il que les Juifs célèbrent cette fête publiquement, à l’inverse de leurs autres festivités. Et c’est, sans aucun doute, la vérité : le « Jomtov » (le « bonjour » hébreu des jours de fête) se dit en général à la synagogue ou à la maison. Pour la fête de Hanoukka, il en va autrement : c’est un devoir religieux de placer les Hanoukkia (les lumières de Hanoukka) de telle sorte que chacun puisse les voir, une liberté prise ostensiblement aux yeux de tous. Cela ne va plus vraiment de soi de nos jours. Les Juifs, les symboles juifs n’ont jamais été aussi souvent attaqués – et la vie des Juifs menacée – qu’en 2014.

 

2) Les jours de fête juifs

Au cœur de toutes les fêtes juives se trouve la même notion : exprimer la relation de Hakodosh Barechou (l’unique Saint, béni soit-Il) à un peuple qui L’honore et L’entoure. A Pessah (Pâque), ce peuple, grâce à l’Unique et à son aide, sortit de sa condition d’esclave et fut libéré. A Chaouvot (Pentecôte) on commémore le don des prescriptions divines (Mitsvot, Halacha) à Son groupe de « fans », tandis qu’à Soukkot (fête des cabanes), le Juif vit dans la nature, protégé seulement par le Tout-Puissant. Roch Hachana (fête du nouvel an) et Yom Kippour (jour du pardon) rappellent, d’une part le sacrifice – non accompli – d’Isaac, et d’autre part, les règles générales concernant les sacrifices.

Opinion - Le Noël des personnels et autres crèches…

Ecrit par Sabine Aussenac le 13 décembre 2014. dans La une, France, Religions, Actualité, Politique, Société

Opinion - Le Noël des personnels et autres crèches…

Lorsque j’étais enfant, papa m’emmenait toujours au « Noël des personnels » de son lycée. Je possède encore cette photo où, inquiète, je lève les yeux vers un Père Noël qui visiblement m’impressionnait énormément. Mais je me souviens aussi des cadeaux au pied de l’immense sapin installé dans le hall, tout comme j’ai en mémoire les classes décorées d’étoiles de notre école primaire, et les beaux bricolages de mes enfants lorsqu’ils étaient en maternelle.

Et les crèches… Ma grand-mère française me prenant par la main pour me montrer les joues roses de l’enfançon couché devant l’église, et mon père, il y a quelques années encore, emmenant mes enfants en voiture faire le tour des crèches illuminant la petite ville paisiblement blottie dans les senteurs de Noël… D’aussi loin que je me souvienne, un immense sapin a aussi toujours dominé les places des nombreuses villes dans lesquelles j’ai habité : La Place Ducale de Charleville, le Vigan à Albi, la Place du Capitole dans ma Ville Rose, la place de Jaude à Clermont-Ferrand… Orné d’une étoile guidant les enfants vers leurs rêves, il veillait sur cette atmosphère souvent, c’est incontestable, trop commerciale, rappelant aux petits et aux grands l’origine sacrée de cette fête millénaire…

Ça, c’était avant.

Avant que des femmes ne viennent voiler nos libertés occidentales de leurs niquabs grillageant le soleil, avant que des petites filles de sixième ne refusent d’aller à la piscine sous prétexte que les garçons de leur classe iraient aussi, avant que la religion ne devienne un enjeu sociétal et n’obsède nos gouvernants, et, je le conçois, à juste titre, car je suis la première à m’inquiéter des multiples dérives qu’implique l’islamisation à outrance de nos sociétés, entre les cantines hallal et le petit guide du patient musulman, entre l’exportation du conflit judéo-palestinien et les souffrances extrêmes des jeunes filles issues de l’immigration, soumises à des mariages forcées, à l’interdiction de la jupe, etc, etc. Mais mon propos en ce deuxième Avent n’est PAS de hurler avec les loups du FN, non, je voudrais simplement mettre en garde le Législateur.

Car lorsque j’entends toutes ces polémiques autour des crèches qui n’auraient plus leur place dans l’espace public, je m’inquiète. Tout comme je ris sous cape en voyant fleurir, aux quatre coins de l’Hexagone, des manifestations autour de la Nativité qui, elles, ne semblent pourtant déranger personne…

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