Religions

Rabbi Abraham Heschel, lumières d'un sage (2)

Ecrit par Maurice Lévy le 20 juin 2011. dans La une, Religions

Rabbi Abraham Heschel, lumières d'un sage (2)

Conférence du Professeur Franklin Rausky à la synagogue de La Victoire à Paris le 16 mai 2011


Son combat aux Etats-Unis

Varsovie est en ruines. Il passe en Grande Bretagne, puis arrive en Amérique en 1940. Elle est préoccupée par la question raciale. Les prisonniers allemands arrivent en Amérique mais ne sont surveillés que par des Blancs, pas par les Noirs qui eux partent pour la guerre. Soldats blancs et noirs combattent séparément. Les préjugés raciaux subsistent, notamment dans l’armée américaine. Le pays est en guerre et de tout cela, on ne parle pas.

Depuis l’époque de Washington, on pensait que les Noirs accèderaient peu à peu à l’éducation et on espérait que la situation se normaliserait naturellement : c’était le principe du gradualisme. Les trois religions n’étaient pas racistes, mais les protestants n’aimaient pas les Noirs. Les Juifs ne s’exprimaient jamais en faveur de la ségrégation et pensaient que les choses allaient s’améliorer lentement et progressivement.

Retour sur la question Goy

Ecrit par Jean-François Vincent le 14 juin 2011. dans La une, Religions, Vie spirituelle

Retour sur la question Goy


Pendant longtemps, à l’époque où l’antisémitisme était sans complexe et imposait sa thématique à tous, fleurissaient un peu partout des articles doctes sur la « question juive ». Qui dit question, dit problème. Ou donc était le problème ? Etait-ce celui de la différence, de l’altérité, laquelle obligeait les juifs à se faire le plus ressemblants possible, à prendre des prénoms chrétiens, et même, dans certaines familles, à fêter Noël ? L’altérité n’est-elle pas plutôt du côté des goyim, des non-juifs, des païens (ou des gentils) ? Ce sont ceux qui ne sont pas dans l’Alliance qui ne sont pas « comme tout le monde ». L’homme a été créé en vue de l’Alliance. Dire que pour le Goy Kadosh, le peuple saint, les autres goyim, les autres peuples, n’ont jamais posé problème serait aller trop loin, mais, d’un pont de vue strictement spirituel, ce ne fut pas le cas. Il est très difficile aux religions du livre de reconnaître celui qui ne leur appartient pas, celui qui n’a pas la « bonne » foi. Le Christianisme, jusqu’à l’impulsion décisive en sens inverse donnée par Vatican II, ne donnait pas cher de l’avenir posthume des non-chrétiens : « hors de l’Eglise, point de Salut » disait sinistrement, au IIème siècle, Tertullien.

Rabbi Abraham Heschel, lumières d'un sage (1)

Ecrit par Maurice Lévy le 14 juin 2011. dans La une, Religions, Vie spirituelle

Rabbi Abraham Heschel, lumières d'un sage (1)


Rabbin Abraham Heschel, Conférence du Professeur Franklin Rausky à la synagogue de La Victoire à Paris le 16 mai 2011


Sa jeunesse en Pologne


Pour A. Heschel, l’engagement du judaïsme n’est pas une théorie mais repose sur le Tikoune – transformation, réparation – du monde, mais aussi perfection, pour parvenir à l’idée d’un monde pacifié, réconcilié, libéré. D’où son engagement majeur dans la pensée et dans l’action.

Il est né en 1907 à Varsovie, alors province de l’empire russe. Les Juifs polonais soit restaient sur place, soit émigraient en Amérique, en Europe, en Israël. Il appartenait à une famille de tradition hassidique…

Le visage de l'animal (3 et fin)

Ecrit par Matthieu Gosztola le 10 juin 2011. dans La une, Religions, Société, Vie spirituelle

Le visage de l'animal (3 et fin)

Note : Cette réflexion est l’avant-propos remanié et augmenté du livre de Matthieu Gosztola La Face de l’animal, paru aux éditions de l’Atlantique en 2011.

L’on peut mettre à mort un animal impunément. Et c’est là qu’il faut renouer, très intensément et dans l’urgence, avec le bouddhisme (1), qui est davantage une philosophie ou un système de pensée qu’une religion proprement dite, et qui (loin de notre pensée occidentale séculaire fossilisée autour de valeurs ancrées dans un historicisme gangrénant tous les schèmes de la conscience) interdit en principe de tuer l’animal, et parle bien, avec justesse, de « meurtre » (2) en semblable cas. Une des vertus du bouddhisme, qui diffère radicalement des trois grandes religions monothéistes en s’opposant à leur conception « très anthropocentrique et hiérarchisée », est de proclamer « l’égalité entre l’homme et l’animal ». (3) Le Dalaï-Lama peut ainsi proclamer que « [d]’un point de vue bouddhique, tous les êtres sensibles – les êtres doués de sentiments, d’expériences et de sensations – sont considérés comme égaux ». (4)

Etre coupable pour dominer

Ecrit par Daniel Sibony le 28 mars 2011. dans Monde, La une, Psychologie, Religions

Etre coupable pour dominer


Je voudrais éclairer un certain usage pervers de la culpabilité et sa diffusion aujourd’hui dans l’espace culturel européen.
Tout d’abord, quelques remarques psychologiques. La culpabilité est sans doute l’attitude la plus répandue : personne n’y échappe ; même si on ne l’étale pas, même si on ne l’avoue pas, on est toujours en défaut ou en faute, ne serait-ce que par rapport à l’image idéale qu’on a de soi ; ou par rapport à des normes morales – qui font partie de cette image. Et toutes ces culpabilités, on peut très facilement les rassembler, les entasser : ça fait un grand tas de fautes où chacun reconnaît la sienne ; et si un porte-parole monte sur ce grand tas, il est sûr d’être entendu s’il lance un auto-reproche collectif, du genre : et nous, avec notre chauvinisme, notre égoïsme, notre enfermement, notre rejet de l’autre… Celui qui se lèverait pour objecter se ferait jeter ; s’il interrompt cette litanie en protestant : mais non ! On n’est pas si égoïste ! On aime être avec les autres quand c’est possible ! On le rabroue, il perturbe une importante célébration.

"Le Judaïsme et l'Esprit du monde" de Shmuel Trigano

Ecrit par Jean-François Vincent le 25 mars 2011. dans La une, Religions, Histoire

Dieu comme oxymore : la dualité de la Présence/Absence

Un concept revient sans cesse tout au long de ce colossal ouvrage : la notion, forgée par le rav Isaac ben Solomon Louria (XVIème siècle), de tsimtsum, cette « contraction », cette concentration de Dieu en Lui-même, qui est à l’origine du monde. Au départ, il n’y avait que Dieu, que l’Etre, et rien d’autre ; pour qu’un autre soit, il fallut d’abord que Dieu suscitât en son sein le rien ontologique, la place vide, dans  laquelle – à partir de laquelle – la creatio ex nihilo fût possible. Cette vacuité se nomme, en hébreu, makom, le lieu, l’espace où une créature, une chose distincte de Dieu peut apparaître. Makom est un des noms divins, vertigineuse intuition : Dieu « s’absente » de lui-même, afin de « créer » le néant, le non-être d’où surgiront les êtres. Les Pères grecs  déjà avaient pensé la ktisis, la création, comme une diastasis, un espacement, une distanciation ; mais ils n’avaient pas été jusqu’à introduire cette distanciation à l’intérieur même de Dieu. Trigano rappelle, à cet égard, une métaphore obstétricale : Dieu compense cette « perte » en Lui par un surcroît de vie, à l’image de la matrice, rehem, qui « se retire pour faire place à un embryon, un être de plus qui surgit dans le vide fait en la mère » dit Trigano.

Pourim : anatomie d'un miracle - Esther

Ecrit par Daniel Sibony le 21 mars 2011. dans La une, Religions

Pourim : anatomie d'un miracle - Esther


Ici, c’est un moment de grâce, celle de la femme et du hasard ; moment vital dans la détresse de l’exil.
L’histoire a lieu en Perse, quelques siècles avant notre ère. Le roi Assuérus répudie sa femme, la reine Vashti, sur les conseils d’Haman son ministre. Elle avait refusé de répondre à sa demande et de se présenter devant lui et ses invités lors d’un banquet. (Elle avait aussi le sien, un banquet de femmes…). Pour recruter une nouvelle reine, on fait appel à toutes les belles vierges du Royaume. Esther est choisie. Elle a été élevée par son oncle Mordékhaï. Celui-ci, lorsqu’il vient prendre de ses nouvelles, ne se prosterne pas comme il se doit devant Haman ; lequel décide d’en finir avec les Juifs, ce peuple qui « ne fait pas comme les autres ». Le jour est fixé, la date tirée au sort (Pourim = les sorts). Le roi est très complaisant : « L’argent, garde-le et fais de ce peuple ce que tu veux » (1). (Haman comptait verser une certaine somme au trésor public pour avoir les mains libres). Mordékhaï apprend la nouvelle, il se met en deuil, déchire ses vêtements, fait appel à Esther pour qu’elle intervienne. Elle hésite : on risque sa vie si on se présente au roi sans y être appelée.

Du bord du lac des Béatitudes ...

Ecrit par Christian Massé le 17 mars 2011. dans Monde, La une, Religions

Du bord du lac des Béatitudes ...

... un Arabe israélien, Emile Shoufani, curé de Nazareth !


« Chaque fois que je gravis les chemins qui sillonnent les flancs de cette montagne, je ne peux m'empêcher d'imaginer la foule bigarrée, si semblable sûrement à celle des Galiléens d'aujourd'hui, qui entendit ici même pour la première fois ces paroles inouïes : Heureux les miséricordieux !

En arabe et en hébreu, le mot miséricorde désigne la matrice, le lieu où la mère porte son enfant et souffre pour le mettre au monde. Heureux, dit Jésus, celui qui saura devenir comme une mère pour les autres, une mère qui accueille et pardonne, quoi qu'il arrive. C'est ma grand-mère qui m'a appris à entrer dans cette dimension supérieure du pardon. Pourtant, elle aurait eu toutes les raisons de haïr et de crier vengeance, son mari et l'un de ses fils ayant été assassinés par les soldats israéliens pendant la Nabka !. Mais sans chercher à oublier – car le pardon n'a rien à voir avec l'oubli -, elle refusait le cercle vicieux de la haine !


La fraternité, la version chrétienne du sacré

Ecrit par Bernard Bourdin le 07 mars 2011. dans La une, Religions, Société

La fraternité, la version chrétienne du sacré


1) L’Eglise : une institution subversive de la fraternité

Il convient tout d’abord de faire observer que le mot de fraternité n’existe pas dans le Nouveau Testament. On y trouve en revanche le mot philadelphia (amitié ou amour fraternel, transposé de la famille à une relation élective, différent de la charité. Il dérive du mot adelphos, frère, présent dans le Nouveau Testament. Précisons aussi que ce terme ne se confond pas, bien sûr, avec celui de « communauté », qui est l’ekklesia (Eglise) ou encore koinonia (communion, c’est-à-dire communion fraternelle). Sa signification est liée pour le christianisme, à une relation fondée dans la foi au Christ, grâce à laquelle se développe un « accord », une « amitié » ou encore le souci de l’autre (par exemple, le partage des biens). De plus, ce mot, qui n’est pas dans son origine spécifiquement chrétien, vient de la civitas (cité) pour désigner le lien entre les hommes appartenant à une unique famille humaine. Mais si le mot « fraternité » ne fait pas partie de la langue du Nouveau Testament et se distingue du mot « communauté » (ekklesia), il n’est pas pour autant séparable de celle-ci.

Un homme vraiment sérieux ...

Ecrit par Léon-Marc Levy le 18 février 2011. dans La une, Religions, Cinéma

Un homme vraiment sérieux ...


Une fois n’est pas coutume : le format télévision, même « grand écran », convient très bien à « A serious man » de Joel et Etan Coen. Je ne sais pas, sûrement le côté « journal intime » du film qui sied bien à mon salon. En tout cas, ce fut un vrai bonheur de revoir le dernier « Cbrothers », juste quelques jours avant d’aller voir leur dernier dernier …

Il paraît que quelques Juifs se sont agacés devant ce film ! Je comprends que certains, habitués au « culturellement correct », puissent s’offusquer devant une telle « déconstruction ». Une telle rupture avec le pathos traditionnel des films du genre « humour juif » a de quoi surprendre, déconcerter, voire irriter. Pas une trace de folklore juif américain du début à la fin de ce très beau film. On est formé à Woody Allen, avec ses figures archétypiques et sympas : l’intello new-yorkais, l’écrivain qui se cherche, l’artiste égocentrique, le psychanalyste rongé d’angoisse, l’hypochondriaque agité, la mère abusive, le père paumé. Bref, la galerie de figures-types, qui font rire, qui attachent. Avec ce film des frères Coen, rien de ce genre.

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