L’islam qu’est-ce que c’est ?

Ecrit par Alexis Brunet le 12 décembre 2015. dans Ecrits, La une, Religions

L’islam qu’est-ce que c’est ?

Depuis le vendredi 13 novembre, je ne peux allumer la radio ou ouvrir un journal sans qu’on n’en parle. Musulmans, Coran, mosquées, imams, convertis, radicalisation, charia, djihadistes, etc. Etat islamique.

Pendant que certains réclamaient un devoir de conscience des musulmans, Jean-Luc Mélenchon, avec une certaine démagogie, déclamait sans sourciller que c’est une religion de paix et d’amour qui n’a rien à voir avec l’Etat islamique ; une convertie parisienne disait sur France-Inter que l’islamisme n’existe pas ; et surtout, Michel Onfray, qui se dit athée convaincu et qui n’avait pas manqué après les attentats de janvier de sortir hors contexte des sourates bellicistes extraites du « Saint Coran » sur un plateau télé, se pense maintenant comme défenseur des musulmans opprimés dans le monde, et est même récupéré par la propagande de l’Etat Islamique sans que cela ne semble trop le gêner.

Beaucoup d’autres prônent simplement le « pas d’amalgame ». Position évidemment sage et positive – tous les musulmans ne sont pas des terroristes, mais cela va de soi non ? sinon il y a longtemps que la France vivrait au rythme des attentats quotidiens – surtout depuis mi-novembre, mais cela change-t-il le rapport du citoyen français moyen à cette religion, qui, moi en premier, n’ayant pas reçu une éducation islamique, n’y a accès que par le biais d’autrui au mieux, d’écrits aussi, ou au pire des médias ; et ne sait donc au fond pas vraiment ce que c’est. Au moment où les musulmans de France se réveillent, condamnant enfin tous la terreur islamiste, qui les menace et les opprime eux aussi, on dit que les voix musulmanes partisantes de la modernité peinent encore à se faire entendre. On cite en exemple la Tunisie où une répression aurait été menée presque sans répit à l’encontre des salafistes ou autres courants extrémistes pour garantir une certaine démocratie. Mais après avoir constaté cela, l’islam qu’est-ce que c’est ?

Un thème de crispation qui ressurgit tous les jours dans les médias, ça oui. Un sujet dont nos hommes politiques sont devenus friands, au point d’en faire une de leurs préoccupations principales, au même titre que l’inversion de la courbe du chômage, la relance de la croissance, et maintenant l’écologie. Mais si on exclut l’islam politique, qui dans ce cas rejoint effectivement les préoccupations de ceux qui nous gouvernent ou veulent nous gouverner, est-on plus avancé sur la question ? Est-ce que ceux des politiques ou journalistes qui en parlent tant, pour dire que ça peut être une menace pour la République, ou au contraire une « religion de paix et d’amour », le savent, ont-ils déjà parcouru le Coran ? Cela semble peu leur importer. Tandis qu’Edwy Plenel, Mélenchon, ou le journaliste Claude Askolovitch prennent parti pour les musulmans opprimés, la presse de droite se prévaut de l’anti-islamisme de l’écrivain Boualem Sansal, qui comme son nom ne l’indique pas n’est pas un musulman dit modéré mais se dit simplement athée. Et l’islam là-dedans ? Est-ce en lisant les ouvrages de Plenel, Askolovitch ou même 2084 de Sansal qu’on le connaîtra mieux ? De mon expérience non.

On dit que pour s’intéresser à l’islam il ne faut pas commencer par lire le Coran, mais alors, par quoi commencer ? Ecouter quelques sourates en arabe pour en ressentir la ferveur ? Par qui ? On nous parle quotidiennement des mosquées, mais qui connaît réellement le déroulement d’une messe musulmane ? Moi non et je doute qu’il en soit autrement pour la majorité des français. On énonce qu’il y a beaucoup de courants différents dans cette religion et que le soufisme et ses saints a peu à voir avec le wahhabisme ou le salafisme. On dit aussi, et pas assez, qu’il y a des millions de musulmans en Afrique noire qui vivent leur foi paisiblement et dont on n’entend jamais parler. On connaît vaguement la différence entre sunnites et chiites. Et puis ? Est-ce que cela suffit au français moyen que je suis d’avoir enfin un accès non biaisé à cette religion dont on parle tant ? Peu importe, l’islam fait parler, l’islam fait débat. On nous en parle tous les jours sans nous dire ce que c’est. On le récupère politiquement sans scrupules au nom du danger islamiste, de la « cinquième colonne » ou de la défense des « musulmans opprimés ». On nous fait des articles, bien faits par ailleurs, sur le malaise et la peur du rejet des musulmans de France depuis les attentats, ou sur la facilitation du terreau islamiste dans certains quartiers de France par des élus à la limite du populisme. Et l’islam là-dedans ? Ça veut dire soumission, et après ? Je ne sais toujours pas. Si la différence entre catholiques et protestants ne m’est au fond pas bien plus claire que celle entre sunnites et chiites, je me sens, comme beaucoup d’autres en France, plus familier de la chrétienté que de l’islam, bien qu’on parle bien plus de ce dernier. C’est pourquoi ma modeste chronique s’arrêtera là. J’y ai déjà écrit neuf fois le mot « islam » sans le connaître, c’est beaucoup trop. J’aimerais ne pas en parler de nouveau sans en savoir au moins un peu plus.

A propos de l'auteur

Alexis Brunet

Alexis Brunet

Né en 1981 à Evreux, Alexis Brunet a vécu en Angleterre et au Mexique, et a séjourné en Israël et en Argentine. Il travaille actuellement à l'Alliance française de Cali (Colombie). Il est l'auteur du roman F1 (Editions Kirographaires, 2012).

Commentaires (1)

  • Jean-François Vincent

    Jean-François Vincent

    12 décembre 2015 à 15:46 |
    .



    Le religieux, dans cette affaire, est une fausse piste. Il convient de ne pas s’y égarer. Toutes les religions de Livre ont leurs horreurs – l’islam pas plus et pas moins que les autres – j’ai autrefois recensé le livre de Jan Assmann , « Monotheismus und die Sprache der Gewalt », le monothéisme et le langage de la violence (non encore traduit). L’exclusivisme monothéiste (les « autres » sont dans l’erreur, voire voués à la damnation – cf. la célèbre phrase de Tertullien « hors de l’Église, point de salut ») apprend difficilement, laborieusement la relativité et la non exclusivité du salut (non limitée aux adeptes de la « vraie foi »). Le Judaïsme a d’ailleurs été, à ce titre, un pionnier : il existe des goyim zaddikim, des justes parmi le nations (les non juifs) ; pas besoin pour eux de se convertir.
    Mais, dans l’affaire qui nous occupe, le point nodal se situe ailleurs : comme le dit Olivier Roy, nous ne sommes pas en présence pas d’une radicalisation de l’Islam, mais, à la limite, du contraire : d’une islamisation de la radicalité. La religion n’étant qu’un prétexte destiné à légitimer la violence destructrice que l’on voue à la fois à la société et à sa propre famille : la quasi totalité des « islamistes » rompent avec leurs parents.
    Si les religions se doivent de faire leur aggiornamento humaniste et relativiste – et il est vrai qu’à cet égard, l’Islam est à la traine – le véritable problème n’est pas théologique, mais sociétal.

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