L'Islamisme et Pavlov

Ecrit par Jean-François Vincent le 27 juin 2015. dans Monde, La une, Religions, Politique, Actualité

L'Islamisme et Pavlov

Isère, Tunisie, Koweït. Amalgame. D’un côté, des structures organisées, de l’autre, un bonhomme seul ; d’un côté, des armes de guerre (kalachnikovs, grenades), de l’autre, un couteau ; d’un côté (au moins pour le Koweït,) revendication de Daech, l’ « Etat islamique », de l’autre, rien du tout. La classe politique (de droite comme de gauche) à tout intérêt à subsumer ces évènements sous un vocable unique : attentat terroriste – et, peut-être a-t-elle raison : le terrorisme, catégorie particulière, se voit limité à des milieux bien précis et circonscrits; l’amalgame rassure – la réalité, elle, est plus inquiétante.

Yassin Sahli était un simple employé de la société Air Products. Il a décapité son patron. Le grand guignol islamiste n’a ici qu’une fonction décorative. Epouvantable, mais, au fond, inessentielle mise en scène. Là se situe le danger le plus grave : un vulgaire conflit du travail se voit ripoliné en djihad. A quand une querelle de voisinage se terminant en bain de sang « islamiste ». A quand un collégien immolé au nom d’Allah, pour histoire de billes ou de rivalité amoureuse ?...

Le savant russe Ivan Petrovitch Pavlov avait mis en exergue, au début du siècle dernier, le conditionnement du réflexe, lequel sous certaines conditions, devient automatique. Le conditionnement salafiste pourrait produire un type de comportement stéréotypé : face à une crise dans la sphère privée, la sortie – stratégie de fuite, plutôt que véritable solution – réside dans le crime au nom de Dieu. Mort héroïque, règlement de compte sublimé en sacrifice martyriel (Yassin Sahli a tenté, en vain, de se suicider, en précipitant sa voiture contre des bonbonnes de gaz).

Un mimétisme barbare pourrait ainsi ensanglanter la vie quotidienne, en transformant les vicissitudes personnelles en tremplin pour la sanctification. La force de Daech ou d’Al Qu’Aïda est d’avoir proposé une solution non seulement collective (instaurer partout la Charia, la loi transcendante) mais également individuelle : vous êtes mal dans votre peau, ça ne va pas au travail, votre petite amie vous a plaqué ? Qu’importe ! Dieu vous soutient ; votre vengeance ne sera pas uniquement de votre fait : Deus ex machina, vous serez l’instrument d’une rétribution divine, punissant de la sorte l’injustice commise à votre endroit par des infidèles…

Il est donc à craindre que se multiplient les Yassin Sahli pour des pas grand choses ou des presque rien. Ou comment de pauvres hères trouveraient, par la même, le moyen de magnifier leur propre petitesse en message de l’au-delà : des « pov’types » directement métamorphosés en Malak al-Maut, l’ange de la mort dans le Coran…

De métastases isolées, le terrorisme deviendrait alors un cancer généralisé de la société…

A propos de l'auteur

Jean-François Vincent

Jean-François Vincent

Directeur de publication

Membre du Comité de Rédaction et rédacteur

Traducteur au Conseil de l'Europe

Ancien professeur certifié d'anglais

Ancien diacre à la cathédrale russe saint-Alexandre Nevski de Paris

Maîtrise d’anglais

Licence de philosophie

Licence de droit

Diplômé de l’institut de théologie orthodoxe Saint-Serge

Commentaires (2)

  • Mélisande

    Mélisande

    28 juin 2015 à 20:46 |
    Il y a juste un petit problème c'est le système dominant dominé, que chacun entretient avec une forme de jouissance sadique "bien sous tous rapports!" c' est peut être cela qui est a changé dans les alcôves de chacun, cet érotisation du pouvoir, ce plaisir à humilier, cette hypocrisie mensonge généralisés qui animent le cœur des gens: on fait comme si , mais en fait on ne travaille généralement que pour soi: voilà peut être ce qu'il faudrait faire évoluer: l'empathie, la générosité vraie, le détachement vrai, et non pas la récupération tous azimuts à seule fin de glorifier le pouvoir, l'ego...Ce suicide dans la pulsion de mort et la haine, comment "soigner " tout cela?? Que disent les femmes femmes????

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  • Martine L

    Martine L

    27 juin 2015 à 17:44 |
    Le vendredi noir des attentats d'hier, ne peut qu'interroger sur le sens donné ( ils ont gagné, là) : unicité de la menace venue d'eux, vers ceux qui ne sont pas eux – Occident, France en première place, mais aussi, jeune démocratie arabe tunisienne ou au Koweit, branche ennemie de l'Islam ; Daesh à présent, El Kaida hier, demain, autre incarnation. En même temps, donnant l'impression de l’ubiquité, et donc, de la terreur aboutie. Que du coup, sujet de votre billet, les facettes soient multiples, c'est hélas évident, et, là encore, le but de terroriser est obtenu, enrichi, chaque fois, oserait-on dire. Myriade de masques différents. On a une «  cause », une pseudo idéologie, une version aménagée d'une religion, d'un nom, et, les jeunes ( surtout) gens déboussolés, à la recherche de l'identité, de la reconnaissance, peuvent habiter ce territoire, s'y nicher, et – ce que vous dîtes va prendre X visages, habiller de cette « cause », les aléas de leur vie personnelle. Bien sûr, mais, le jeune terroriste d'Isère, bien que fraîchement passé à un Islamisme radical, semblait bien ( fiché depuis plusieurs années) s'y référer, si l'on peut dire de façon «  argumentée ». Il n'a pas utilisé l'Islam radical et Daesh, sans savoir ce qu'il faisait. L'usine était visée dans son entier, dans un mécanisme d'attentat classique, de même que la décapitation, «  fleuron » du fonctionnement terroriste. Amalgame, donc, pas sûr ! Facettes, oui.

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